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Le Royaume-Uni est le premier pays au monde à autoriser le vaccin des laboratoires Pfizer-BioNTech. L’agence nationale de santé a donné son feu vert pour la mise sur le marché et l’utilisation de ce vaccin anti-Covid-19. 100 000 doses sont attendues la semaine prochaine. En France, le vaccin n’est pas encore arrivé, et de nombreux enjeux essentiels doivent encore être résolus. Retour sur l’avancée des principaux vaccins, et les paris faits par les laboratoires. 

Depuis que la Covid-19 est devenue une pandémie mondiale, la préoccupation première des laboratoires était de trouver un vaccin afin d’éradiquer ce virus. Cela fait désormais plusieurs mois que les recherches sont lancées, et la course au remède arrive à son terme. De nombreux laboratoires voient leur vaccin presque abouti et veulent commencer à vacciner la population d’ici la fin de cette année ou le début de l’année prochaine. Avant tout, il convient de rappeler quels laboratoires sont les plus avancés, et où ils en sont.

Les trois laboratoires tenant la tête dans la course au vaccin sont Pfizer-BioNTech et Moderna, deux sociétés américaines, et Oxford AstraZeneca, entreprise anglaise. Les deux laboratoires utilisent la même technologie pour produire leurs vaccins. Les résultats sont concluants puisqu’ils sont efficaces à 95%. En revanche, AstraZeneca a pris du retard car ces résultats ont une moyenne d’environ 70%. Les conditions de stockage les plus extrêmes sont pour Pfizer. Les doses doivent être conservées dans des super congélateurs à -80°C. Moderna fait mieux car son vaccin peut rester 1 mois dans un réfrigérateur, soit entre 2 et 8°C. Enfin, le vaccin d’AstraZeneca peut tenir jusqu’à 6 mois dans ce même congélateur. La vaccination nécessite de s’injecter deux doses afin qu’elle soit complète. Les prix annoncés par les laboratoires sont à l’unité, et ce que l’on peut dire, c’est qu’il y en a pour toutes les bourses. Moderna vendra ses doses le plus cher, avec un prix de 20 euros et 90 centimes l’unité. 

L’Europe a commandé 160 millions de doses, dont une partie sera produite à Monts (Indre-et-Loire). Pfizer vendra ses doses 16,30€, à multiplier par deux. Le laboratoire français Delphram conditionnera une partie de ces vaccins. Enfin, AstraZeneca compte vendre son produit 5€ pour les deux doses, une somme dérisoire comparée aux deux autres produits, mais nécessaire quand on sait que les résultats obtenus sont moins satisfaisants. Les vaccins sont en attente d’homologation par les autorités sanitaires européennes et américaines.  

Une image d’illustration montre des flacons avec des autocollants de vaccin Covid-19 attachés et des seringues avec le logo de la société pharmaceutique britannique AstraZeneca le 17 novembre 2020. JUSTIN TALLIS / AFP

Les États-Unis sont donc les principaux candidats à la victoire pour cette quête du vaccin, et cette victoire pourrait rapporter gros aux laboratoires, notamment en termes de visibilité. Si le vaccin s’avère concluant une fois testé sur une grande partie de la population mondiale, ils deviendront les premiers laboratoires pharmaceutiques du monde. Leur développement pourra s’accroître d’autant plus. Le monde aura confiance en ces entreprises. De plus, l’économie générée par l’achat des doses du vaccin permettrait aux deux entreprises de considérablement s’enrichir. Mais avant de penser à cette future et potentielle réussite, il faut réfléchir aux enjeux de ce vaccin, et ils sont très nombreux.

 Tout d’abord, la question de la priorité de vaccination est importante. La Haute Autorité de Santé a annoncé une stratégie de vaccination en cinq étapes. Dominique Le Guludec, présidente de la HAS, a donné la priorité aux résidents et salariés des Ehpad. Ceux-ci pourront être vaccinés dès l’arrivée des premières doses en France. Logiquement, les personnes de plus de 65 ans et les professionnels de santé arrivent juste après, suivis des personnes de plus de 50 ans. La HAS recommande dans la quatrième phase d’immuniser les « professionnels dont l’environnement de travail favorise une infection » et les personnes précaires, englobant les résidents en hôpital psychiatrique et les détenus. Enfin, après tout cela, les personnes de plus de 18 ans et sans comorbidité pourront être vaccinées.  

Un défi logistique de grande ampleur

Le deuxième enjeu n’est pas des moindres puisqu’il s’agit du côté logistique. Et là-dessus, de nombreux problèmes se dressent. Il ne suffit pas seulement de savoir à qui les vaccins vont être distribués, mais aussi comment ils vont arriver en France et dans le monde entier. Entre 12 et 15 milliards de doses devraient être produites dans le monde selon la Fédération Internationale de l’Industrie Pharmaceutique (IFPMA). Et il faudra les acheminer et les stocker. Pour cela, des groupes aériens comme Air France-KLM se préparent à la distribution des vaccins. L’Association internationale du transport aérien estime qu’il faudra près de 8000 Boeing 747 tous cargos, pour acheminer tous les vaccins vers l’ensemble de la planète. Le problème étant que, comme nous l’avons précédemment mentionné, les vaccins de Pfizer et Moderna doivent être gardés à des températures extrêmes. Pour cela, les conteneurs utilisés seront remplis de glace sèche, du dioxyde de carbone solidifié, qui, s’il redevient au format gazeux, est très nocif pour le corps.

 De plus, cette glace sèche doit être ajoutée tous les jours. Pour le moment rien n’est sûr, mais avec un avion-cargo, pouvant contenir 1 million de doses, la France devrait mettre 1 mois à n’être fournie que de moitié, en oubliant les quarantaines du personnel et des conducteurs des avions, et les potentiels couvre-feu. Autrement dit, les promesses tenues de pouvoir commencer la campagne de vaccination dès cette fin d’année semble être mission impossible. Les laboratoires présents en France permettront sans doute d’accélérer le processus de livraison et surtout de stockage des vaccins. Les vaccins seront donc pris en charge par les compagnies aériennes, mais aussi par les sociétés de transport comme DHL par exemple qui aura pour rôle d’apporter les vaccins des aéroports jusqu’aux zones de stockage. 

Enfin, nous pouvons nous interroger sur les mesures déployées pour sécuriser le transport des vaccins. Entre avril et juin 2020, les masques avaient été transportés sous haute garde, stockés dans des endroits tenus secrets. Malgré ces mesures, des camions avaient été braqués, des commandes volées, ou détournées. Pour les vaccins, des précautions devront être prises, même si le risque semble moins important. Le challenge va donc devoir être relevé pour distribuer ces vaccins le plus rapidement possible.  

La vitesse du transport n’est pas le seul souci présent. En effet, la création de ce vaccin contre le coronavirus a été faite à une vitesse encore jamais vue. En moins d’un an, les laboratoires Pfizer et Moderna ont réussi l’exploit de concevoir un vaccin efficace à plus de 90%. Mais les effets secondaires demeurent les inconnus de l’équation. Dans le communiqué dans lequel Moderna rend public les résultats préliminaires de l’efficacité de son candidat-vaccin, elle assure qu’aucun effet secondaire n’a été détecté. Les effets étaient transitoires, ils disparaissaient au bout de 48 heures maximum. En général, les délais classiques des études avant de commercialiser un vaccin prennent 7 à 10 ans. Dans ce contexte, entre 18 et 24 mois devraient être nécessaires. Un expert en médecine interne et immunologie assure que d’éventuels effets secondaires graves pour la santé peuvent toujours arriver: « même si par exemple on estime qu’il n’y a que 1% de chances que cela se produise, sur 1 milliard, ça touche beaucoup plus de monde que sur 30 000. » Il s’agace du nombre de participants réunis par les laboratoires bien trop faible étant donné le temps pris à l’élaboration du vaccin et des tests.

 Cet argument pourrait convaincre de nombreuses personnes de ne pas aller se faire vacciner quand ils le pourront, en plus des personnes déjà anti-vaccin, qui se serviront de ces arguments pour induire les gens à ne pas aller se faire vacciner. Malgré la vitesse à laquelle les laboratoires ont créé ce vaccin, il faut tout de même saluer la performance encore inédite. Les résultats obtenus sont pour le moment très concluants, et le fait de n’avoir détecté aucun cas grave suite aux premiers essais est une réussite. Enfin, le débat sur l’obligation vaccinale est au cœur de ce sujet qui obsède notre quotidien depuis quelques semaines. Pour l’instant, la Haute Autorité de Santé ne la recommande pas à ce stade pour le futur vaccin. Les politiques sont divisées, et à peine 54% des Français disent vouloir se faire vacciner contre le coronavirus.

 En 2018, l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn a étendu à 11 le nombre de vaccins obligatoires pour les enfants et dans certains métiers. Pour cela, il a fallu obtenir l’approbation de l’Assemblée nationale et du Sénat. A ce stade, la HAS juge que « la vaccination contre la Covid-19 ne devrait pas être obligatoire, ni pour la population générale, ni pour les professionnels de santé, en raison du manque de recul sur les futurs vaccins ainsi que sur leur capacité à limiter la contagion du virus ». Cela ne serait pas justifié. Elle préfère suggérer d’obtenir l’adhésion des Français, en admettant toute la transparence sur les risques et les bénéfices attendus en tirant les leçons de la campagne de vaccination contre la grippe H1N1.  Bien que la liste des priorités ait été annoncée par le gouvernement français, la respecteront-ils ? Un adulte de 40 ans en parfaite santé et sans aucun risque mais qui a peur pourra-t-il se faire vacciner avant une personne de 65 ans qui ne souhaite pas se faire vacciner ? Etant donné que le vaccin n’est pas obligatoire, l’ordre de priorité aura du mal à se faire respecter. C’est une certitude.