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Israël a fait son œuvre, et détient le record mondial de personnes vaccinées : près de deux millions. Malgré les critiques fusantes, le gouvernement hébreux espère immuniser sa population d’ici le mois de mars.

Le 19 décembre, le Premier ministre Benyamin Netanyahu devenait le premier Israélien à recevoir une injection du vaccin contre la Covid-19, le tout en direct à la télévision. Il profitera de l’antenne pour présenter la marche à suivre : vacciner, protéger, aller vite, pour pouvoir rouvrir les frontières et relancer l’économie du pays d’ici le printemps.

Le palier du million de personnes vaccinées a été dépassé début janvier.

Benyamin Netanyahu brandit une épée à double tranchant ce soir-là à la télévision. Nous savons que gravitent autour de lui des affaires de corruption, malversation et abus de confiance, et que son procès devrait reprendre à la mi-janvier. Il compte donc apparaître en héros, neutraliser le virus, et faire peau neuve auprès de la population, en songeant à sa probable réélection.

Israël en tête

Israël s’est lancé très tôt dans la course aux vaccins. Dès juin, des doses étaient commandées auprès du laboratoire Moderna. « Les nouvelles doses Pfizer permettront de vacciner l’ensemble de la population de plus de 16 ans d’ici fin mars », précisait Benyamin Netanyahu jeudi 7 janvier, confiant quant à la politique de vaccination israélienne: « Nous deviendrons le premier pays à sortir du coronavirus. Le premier avion avec les nouvelles doses Pfizer arrivera dimanche et les autres suivront ». Malgré les critiques, Israël a été et est un modèle de rapidité de d’exemplarité, en vue d’une sortie de crise. Le gouvernement et le peuple se sont alignés derrière un fonctionnement, une ligne de conduite suivie jusqu’ici, qui trace un itinéraire vers des temps moins contraignants.

Les fêtes de Pessah, qui débuteront à la fin du mois de mars prochain, semblent être dans la continuité de la sortie de crise visée: « Israël servira de modèle mondial en matière de vaccination, offrant des données statistiques sur l’efficacité du vaccin. C’est pour cela que nous avons accéléré l’acheminement des doses et leur quantité », a poursuivi le Premier ministre israélien, précisant que les prochaines fêtes de Pessah se passeront en famille « si tout va bien ».

Le pays devrait verser à Moderna, ainsi qu’à Pfizer-BioNtech, 259 millions d’euros (1 milliard de shekels). Le prix de deux doses pour Israël s’élève à 47 dollars, rapportait lundi la chaîne publique Kan. Pfizer fournit la majorité des vaccins reçus par Israël, et recevra 201 millions d’euros, Moderna en recevra 83.

Un travailleur de la santé prépare une dose du vaccin Pfizer-BioNtech Covid-19 dans un grand centre de vaccination ouvert par la municipalité de Tel Aviv-Yafo et le centre médical de Tel Aviv Sourasky le 31 décembre 2020 dans la ville côtière israélienne. JACK GUEZ / AFP

Les États-Unis paient 16,50 euros une dose, soit légèrement plus que ce que paie l’Union Européenne, mais bien moins qu’Israël. Le gouvernement hébreux a tenu à faire plus vite que les autres, quels qu’en soient les coûts engendrés.

« Il y a le secret des affaires, mais a priori, Israël a payé le double du prix normal », explique le professeur Nadav David Witches, membre du Conseil national israélien sur la Covid-19.

Une attitude exemplaire

De par une vaste campagne médiatique, mais aussi un état d’esprit (presque) irréprochable de la population, les vaccinations se faisaient en nombre dès les premiers jours. « Nous avons une longue tradition de vaccination et nous avons une très bonne infrastructure de centres de santé communaux », a repris le professeur Nadav David Witches.

Le gouvernement hébreux visait initialement à vacciner la totalité de sa population d’ici fin mars. L’objectif a été remodelé depuis, et le gouvernement israélien compte immuniser d’ici fin mars 5 millions d’habitants sur les 9 au total. Durant le mois de décembre dernier, le taux d’Israéliens favorables à la vaccination est passé de 24%, à 63%. Les récents vaccinés obtiennent également ce que l’on appelle un « passeport vert », via une application mobile, qui leur permet de voyager à l’étranger sans passer par la case quarantaine: « Quiconque reçoit une vaccination pourra présenter un certificat qui lui permettra d’entrer dans les centres commerciaux et (d’obtenir) toutes sortes de services », indiquait le Premier ministre fin décembre. « Cela encouragera les opérations de vaccination et nous aidera à revenir rapidement à la normale », proclamait-il.

Depuis fin décembre, la population israélienne est de nouveau confinée. La campagne de vaccination d’Israël s’étend, depuis mercredi, aux personnes âgées de 50 à 54 ans. Le ministère de la Santé a élargi le nombre de personnes auxquelles est destiné le vaccin car 700.000 doses ont été reçues lundi 11 janvier.

Bien que des failles aient été perçues en la stratégie de vaccination israélienne, une efficacité certaine a pris forme, cette efficacité pouvant même servir de modèle de campagne de vaccination pour les autres pays. Le temps démontrera maintenant l’efficacité d’une hâte certaine, mais théoriquement réfléchie.