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Tout comme la Nouvelle-Zélande, samedi 20 février, l’Australie a lancé sa campagne de vaccination contre la Covid-19 le jour suivant tout aussi calmement. Environ 22% de la population australienne n’envisage pas de se faire vacciner. Mais le virus est quasiment éradiqué là-bas, tout comme dans certains pays d’Asie. La France et l’Europe n’ont pas (encore) adopté la stratégie « zéro-covid », et sont loin d’envisager l’éradication du virus…

Les spécialistes sont partagés, tout comme le monde : doit-on vivre avec le virus, en espérant que le vaccin nous en délivrera un jour ou l’autre, comme ce que fait l’Europe et l’Amérique, ou doit-on utiliser la stratégie zéro-covid, qui oblige des mesures très strictes sur une durée plus ou moins longues, comme ce que fait (ou ce qu’a fait) l’Asie et l’Océanie. En France, l’exécutif a annoncé qu’elle aurait vacciné tous les Français adultes qui le souhaitaient avant la fin de l’été, mais cette promesse sera-t-elle tenue ? L’industrie pharmaceutique approvisionnant en dents de scie, et les nouveaux variants arrivants tous les jours et affaiblissant l’immunisation, la date butoir de cette opération se verra surement repoussée. Mais alors, la stratégie « zéro-covid » ne serait-elle pas un parfait compromis pour remédier aux problèmes actuels ? Partout en Europe, les discussions portant sur une potentielle adoption de ce système sont actives. En Allemagne, cette stratégie a été mise en avant par l’hebdomadaire Die Zeit, qui le 20 janvier a publié une réflexion commune de virologues, de sociologues, de spécialistes de santé publique et de politistes. La chancelière Angela Merkel a même participé au débat. Au Royaume-Uni, le « shadow cabinet », ce gouvernement miroir, créé par les membres de l’opposition, qui tente de protester face au « Gouvernement de Sa Majesté », a plaidé en faveur du zéro covid. Les acteurs au profit du zéro-covid n’ont pas encore rédigé de « Déclaration du Grand Barrington », dans laquelle des épidémiologistes appelaient notamment à laisser la pandémie courir pour parvenir rapidement à une immunité collective. Cette idée a largement été dénoncée pour les graves conséquences sanitaires qui s’ensuivraient. En France, Matignon a annoncé que le projet zéro-covid serait regardé avec attention, mais que les autorités n’envisageaient pas son application pour le moment. Partout en Europe, des débats interminables se déroulent entre les personnes pour et contre cette stratégie, ce qui renforce les tensions au sein de l’Europe. 

En quoi cela consiste ?

Mais concrètement, que comprend cette stratégie ? Les étapes sont simples, du moins à expliquer. D’abord « écraser plutôt « qu’aplatir » la courbe des contaminations, par un confinement strict, comme celui qu’a vécu la France au printemps 2020. Ensuite, un fois que le taux d’incidence passe aux alentours de 10 cas pour 100 000 habitants, contrôler la circulation du virus par un grand nombre d’options : le contrôle des frontières, la limitation des rassemblements, les masques et autres gels hydroalcooliques, et surtout le triptyque TTI (tester, tracer, isoler). Ensuite, faire passer au « vert » des régions « rouges » individuellement, qui pourraient donc reprendre une vie plus ou moins normales, avec un risque de nouveaux foyers arrivants. Les régions devront donc être prêtes à des mesures locales très fortes mais de courtes durée de l’ordre de reconfinement locales afin d’éteindre les foyers rapidement. En quatre à six semaines, des résultats devraient être visibles, comme c’est le cas pour des pays comme Australie, le Cambodge, l’Islande, la Nouvelle-Zélande, Taïwan, ou le Vietnam, qui sont en train d’éradiquer le virus. 

Ce qui leur font réussir cette stratégie est bien évidemment le respect des consignes strictes données par l’Etat, et notamment des régions « rouges » et « vertes ». Mais il faut pour cela que la population accepte cet énième confinement. Car même si celui pourrait être final, cela serait « psychologiquement difficile de maintenir des mesures contraignantes alors même que la circulation virale semblera déjà suffisamment basse » jugeait Angela Merkel. Yaneer Bar-Yam, physicien  et président de l’institut des systèmes complexes de Nouvelle-Angleterre à Cambridge (Massachusetts), a répondu à la dirigeante allemande dans un « sommet » organisé du 26 au 28 janvier afin de discuter de la façon de mettre fin au Covid. Selon lui, « des confinements locaux et de courte durée valent mieux que la situation actuelle ». Il explique que le système des zones vertes encourageraient les régions rouges à y parvenir, et donc de respecter ces mises en place.

La France peut-elle le faire ?

Si la France souhaite installer la stratégie « zéro-covid », elle doit aussi faire en sorte que ses pays frontaliers soient en accord avec elle et adopte la même stratégie. Une cohésion doit avoir lieu, et avec la sortie récente du Royaume-Uni de l’UE, elle doit retrouver une stabilité politique. Ensuite, au sein même du pays, les épidémiologistes sont plus partagés sur la faisabilité que sur la pertinence du projet. En soit, la stratégie « zéro-covid » a de rares chances de ne pas fonctionner, encore faut-il pouvoir lancer le projet. Avant de le lancer, il faudrait qu’une bonne partie de la population soit vacciner, ou du moins les plus vulnérables, pour que le virus ne puisse pas repartir de plus belle à la suite du confinement. Pour l’épidémiologiste Mahmoud Zureik, « si on se lançait maintenant, on irait à l’échec, car on n’a pas tiré les leçons de notre incapacité à tracer, tester, isoler efficacement, pour vraiment réussir la sortie du confinement. Si on ne s’y prépare pas dès maintenant, on n’aura qu’une accalmie de courte à moyenne durée », estime-t-il. Le traçage des cas positifs par téléphonie mobile pourrait se montrer utile dans ces cas là. Pour lui, il est aussi nécessaire que l’Etat aide les cas positifs à la Covid-19 avec une indemnisation, la livraison de repas, ou un hébergement pour une quarantaine. Antoine Flahault, chercheur à l’Institut de santé globale, pense que l’opposition des français au confinement est exagérée, comme l’avait été la crainte des vaccins. Il suggère pour autant une autre approche, qui consiste à remonter aux sources de contaminations, comme le fait le Japon, afin d’identifier les individus superpropagateurs, plutôt que de dépenser trop d’énergie dans l’identification des contacts subséquents. Partout en France les avis sont divisés, et même au sein de chaque partis, des options différentes sont annoncées.

L’application de cette stratégie semble donc être un véritable chantier pour l’Europe, mais étant donné que les pays qui l’ont adopté ont connu une perte économique amoindrie et surtout que la vie a quasiment repris son cours normalement, cela devrait être un motif d’espoir pour les européens. Néanmoins, l’Australie et les autres pays ayant utilisé « zéro-covid » ont du faire quelques sacrifices. Notamment au niveau économique. Ce confinement général a forcément déplu aux commerces et a fait perdre énormément d’argent au pays, a bon escient. Des dégâts moraux ont aussi été constatés sur la population australienne. Mais au final, les australiens ne regrettent pas d’avoir utilisé cette stratégie, et savent pour autant que rien n’est terminé et qu’ils doivent toujours faire des efforts. Quoi qu’il en soit, la France et l’Europe sont encore loin de trouver une solution, et les reconfinements locaux qui sont arrivés à Nice notamment montre qu’il faut peut-être tirer sur la sonnette d’alarme et commencer à réellement penser à cette option au niveau européen. Si ce n’est pas le cas, une autre initiative commune doit être prise au plus vite.