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Dès le mois d’août, la Côte Ouest des Etats-Unis est frappée par d’importants incendies qui s’étendent de Portland au Nord à San Diego au Sud.

Jamais la Californie n’avait connu une pareille vague d’incendies. Début août les premiers feux se déclarent dans le Nord de l’état. Rien de bien étonnant dans cet état habitué aux incendies estivaux. La période allant d’août à octobre est même surnommée « saison des feux de forêt », tant les californiens sont coutumiers du fait. 

LES CAUSES

Cependant cette année a vu les températures augmenter, la Californie et la Côte Ouest ont alors connu une violente vague de chaleur. Cette vague entraîne une augmentation de l’utilisation des climatiseurs qui réchauffent encore plus l’air extérieur. Il faut ajouter à cela une longue période de sécheresse. Enfin de gros orages ont éclaté en août en Californie, finissant de mettre le feu aux poudres, littéralement. 

Pour Julie Parrish, ancienne élu républicaine dans l’Oregon, la faute est sur les pouvoirs publics qui auraient laissé les forêts croitre sans contrôle afin de « plaire aux écolos ». Une accusation dont se défend Gavin Newsom, gouverneur de Californie, qui reconnaît quelques manquements  dans la gestion des forêts de l’Ouest, mais impute les feux au réchauffement climatique en premier lieu, arguant que « ce n’est pas quelque chose qui vous tombe dessus d’un coup, le réchauffement climatique s’installe doucement et il est à notre porte ».

En effet avant le XXème siècle, les feux de forêts existaient déjà en Californie. Les amérindiens utilisaient la culture sur brûlis. Les terres brûlées pouvant aider certaines plantes à accélérer leur croissance. D’autres feux se déclaraient et se propageaient naturellement avant de s’éteindre toujours sans intervention humaine. Cependant  depuis la mise en place des politiques d’endiguement des feux de forêt après la Seconde Guerre Mondiale, la densité des forêts s’est vue augmenter drastiquement. En un siècle la densité d’arbres par hectare en Arizona est passée de 40 à 800 arbres par hectares. Une végétation plus dense impliquant des incendies eux aussi plus denses et donc difficilement contrôlables.

DES CONSEQUENCES HUMAINES COLOSSALES

Du côté humain les conséquences sont désastreuses. Dès le 18 août, Newson déclare l’état d’urgence en Californie. Dix jours plus tard des milliers de Californiens seront évacués de chez eux. Le 8 septembre, le gouverneur californien exprime sa volonté de rester optimiste en décrivant les incendies comme un « défi extraordinaire pour la Californie ». Alors que Newsom s’exprime, 25 feux différents ravagent la Côte Ouest, et plus de 14 000 pompiers sont mobilisés pour aller combattre les flammes.

Après la première semaine de septembre, on dénombre au moins huit morts et plusieurs dizaines de disparus. Les feux les plus inquiétants se tournaient vers Fresno dans le Nord-est de l’état et le comté de San Bernardino à l’Est de Los Angeles. Du côté des pompiers la situation ne devrait pas s’améliorer. Les vents forts et la sécheresse ne feront qu’attiser les flammes.

Mais un second problème existe par-dessus celui des incendies : la pandémie de COVID-19. En effet les structures d’accueil pour les milliers de personnes évacuées ne respectent pas les normes sanitaires liées au Coronavirus. Il en va de même pour tous les pompiers placés en quarantaine et donc indisponibles dans leur combat contre les flammes. Pour pallier a ce manque de personnel, des pompiers venus d’Australie sont allés prêter main forte aux soldats du feu américains.

Le 11 septembre, c’est au tour de l’Oregon, état situé au Nord de la Californie, d’annoncer l’état d’urgence. Dans la ville de Portland et sa banlieue, près de 500 000 habitants ont été évacués, soit un habitant sur dix. Après un mois et demi d’incendie, le 14 septembre,  l’Etat totalise 35 morts et 50 disparus liés aux feux. En Californie, on compte 20 morts pour 19 disparus. On compte également 29 000 pompiers sur le front pour combattre les flammes. A la fin du mois de septembre, avant que les feux ne soient contrôlés en octobre, 6 états de l’Ouest avaient ordonné des évacuations, dont 90 000 habitants de Los Angeles.

LES CONSEQUENCES MATERIELLES

Si les conséquences humaines sont désastreuses, il en va de même pour les conséquences matérielles, à commencer par les forêts. En effet 3 millions d’acres sont partis en fumée en Californie pour un million en Oregon. Soit 15 000km² entre les deux états. Jamais la Californie n’avait autant brûlé depuis 1932 et le début du recensement de ces statistiques.

Les villes elles n’ont pas été épargnées pour autant. Début septembre on comptait en Californie 175 bâtiments détruits et 25 000 menacés par les 365 feux qui sévissent dans la région. Une semaine plus tard, le 9 septembre, 3400 bâtiments sont fragilisés et l’électricité est partiellement coupée afin d’éviter que les lignes à haute tension n’aggravent pas les incendies comme c’était le cas en 2018.


Une femme marche le long de l’Embarcadero sous un ciel orange rempli de fumée à San Francisco, Californie, le 9 septembre 2020. Plus de 300 000 acres brûlent à travers l’État du nord-ouest, dont 35 incendies de forêt majeurs, avec au moins cinq villes «substantiellement détruites» et massives évacuations en cours. Bretagne Osée-Small / AFP

Les incendies auront fait, d’août à septembre des dégâts monstrueux, allant jusqu’à détruire cinq villes en Oregon et deux en Californie. Ces destructions rappellent la ville de Paradise, qui avait été intégralement réduite en cendres en 2018 alors qu’elle comptait 27 000 habitants. Le feu ne s’attaque plus qu’aux forêts, il s’invite en ville où la proximité des bâtiments facilite la transmission du feu. Une habitante américaine déclarait au Los Angeles Times « Notre fenêtre est à deux mètres de celle des voisins : nous allons y passer ».

SAN FRANCISCO : L’IMAGE DES INCENDIES

Un ciel orangé au réveil, c’est ce qu’on eu les habitants de San Francisco le matin du 9 novembre. Un ciel apocalyptique qui témoigne d’une qualité de l’air déplorable. En effet le ciel orange est dû à la présence de particules dans l’air, qui bloquent certaines longueurs d’ondes de la lumière, notamment la lumière bleue, ne laissant passer qu’un rouge orangé. “La couleur de notre ciel est relative à la taille des particules qui composent notre air. Elle dépend également du nombre de particules par unité de volume d’air et, dans une bien moindre mesure – pendant la saison des feux de forêt – de la couleur de la suie elle-même”, rappelle sur le site EarthSky Les Cowley, spécialiste en optique atmosphérique.

LES INCENDIES AU CŒUR DE L’ELECTION

Enfin a l’échelle nationale, ces incendies ont permis aux deux candidats à la présidentielle américaine de replacer certains de leurs pions. Trump pour sa part reste lunaire sur la question du réchauffement climatique, lui qui a expliqué le 14 septembre que « Ca finira par se refroidir ». En réponse, Biden qualifie Trump de « Pyromane du climat ». Comme les élus locaux, Trump fustige la gestion et l’entretien des forêts, Biden met en cause le danger écologique. Encore une fois les Républicains se placent comme les défenseurs de la lio et de l’ordre là où les démocrates se placent en progressistes, fidèles à la science et doté d’une réelle conscience écologique. 

Heureusement le mois d’octobre aura vu les pompiers reprendre le dessus sur des feux 36 fois plus violents qu’en 2019 et qui ont consumé 90 fois la surface de Paris. Des incendies qui ont encore une fois échauffés les esprits de tous les américains.