Temps de lecture estimé : 4 minutes

Le 16 octobre, la France subissait de nouveau la haine de l’extrémisme religieux. Samuel Paty, professeur d’histoire à Conflans Sainte-Honorine, a été décapité à quelques mètres de son établissement.

La chronologie  des évènements

Lundi 5 Octobre, Samuel Paty, un professeur d’histoire de 47 ans montre à ses élèves de classe de troisième les caricatures de Mahomet dessinées par Charlie Hebdo. Le but du professeur : expliquer comment les attentats de 2015 ont pu avoir lieu, faire comprendre comment et surtout pourquoi. Le cœur d cours réside autour de la liberté d’expression. Peut-on dire et écrire ce que l’on veut à l’extrême ? Afin de ne pas choquer ses élèves musulmans, Paty leur propose de sortir de la salle afin de ne pas avoir à enfreindre les règles de leur religion.

Le 7 octobre, le père d’un élève se plaint sur les réseaux sociaux des choix du professeur d’histoire-géographie. Selon lui c’est inacceptable qu’un professeur puisse montrer en classe des caricatures du prophète le plus sacré de l’Islam. La principale du collège convoque Samuel Paty ainsi que le père de l’élève afin d’organiser une rencontre. Le père de cet élève décide de venir accompagné d’Abdelhakim Sefrioui.

Sefrioui est un « vieux routard de l’islamisme en France ». Il est connu des services de renseignement français pour ses prêches antisémites. Discours qu’il tient à la sortie des mosquées qu’il juge trop complaisantes à l’écart de l’Etat d’Israël.

Le jeudi 8 octobre, le père de l’élève décide de porter plainte pour diffusion d’images pornographiques. En réponse à ces accusations, Samuel Paty porte plainte pour diffamation. Le lundi suivant, Sefrioui tourne dans une vidéo mettant en cause le professeur d’histoire. Samuel Paty est de plus en plus décrié et mis en cause sur les réseaux sociaux.

Le vendredi 16 octobre, Abdoullakh Anzorov soudoie un élève pour qu’il lui désigne le professeur d’histoire. Il décapite ensuite Samuel Paty en pleine rue afin de « venger le prophète ». Anzorov est une jeune âgé de 18 ans d’origine tchétchène et converti à l’Islam. Il a vu les vidéos mettant en cause Samuel Paty sur les réseaux sociaux et a décidé de passer à l’acte. La police l’abat dans les instants suivants a Eragny, commune voisine de Conflans Sainte-Honorine.

Les jours suivants, des manifestations se lancent afin de rendre hommage au professeur et à la liberté d’expression. Le même jour, Sefrioui est arrêté et placé en garde à vue. Le 21, Sefrioui est mis en examen pour « complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste. »

Les conséquences judiciaires et dans l’école

Dans l’école, tout le monde, des élèves au personnel de l’école sont horrifiés. Une cellule d’aide psychologique est mise en place pour les élèves et tous ceux qui pourraient en avoir besoin. Le collège garde un message unique : défendre Paty. Sur internet, les réactions ne sont pas les mêmes. Nombreuses sont les personnes choquées de voir un professeur mourir pour un cours d’histoire, mais beaucoup se réjouissent. C’est le cas sur Facebook et Twitter, où des individus de tous âges apportent un soutien inconditionnel à Anzorov.

Quelques jours après le décès de Paty, cinq hommes accusés d’être entrés en contact avec le tueur sont arrêtés et mis en examen. Ces individus sont tous âgés de 18 à 21 ans et d’origine tchétchène. Cependant ils sont relâchés quelques heures plus tard, car « l’enquête n’a pas permis de mettre en évidence leur implication dans l’assassinat de Samuel Paty ». A ce jour, 14 personnes ont été poursuivies, dont 6 collégiens, accusés d’avoir apporté leur « complicité » à l’assassin en désignant le professeur.  Aucune de ces poursuites envers les collégiens n’a abouti, en effet comment en vouloir à des adolescents à qui on demande simplement de désigner un professeur ?

Le président français Emmanuel Macron rend hommage au cercueil de Samuel Paty dans la cour de l’Université de la Sorbonne à Paris le 21 octobre 2020. AFP

Les collégiens du collège de Conflans ont ensuite travaillé sur la question de la liberté d’expression. Bien que sous le choc, ils ont choisis d’essayer de rester forts et unis derrière la liberté d’expression. Un élève écrivait : « résister, c’est avoir le droit de s’exprimer, le droit d’être libre ».

Plus les jours passent plus la situation s’envenime sur internet. Là où certains défendent le droit de s’exprimer du professeur, ceux qui se félicitent de sa mort se font de plus en plus nombreux. D’autres appellent même à réitérer l’opération si un autre professeur avait l’idée de montrer les caricatures du prophète.

La réaction de l’Etat

La mort de Paty a déclenché une réaction très violente de l’Etat. La mort du professeur a rappelé le traumatisme des différents attentats qui ont frappé la France, à commencer par les attaques de Charlie Hebdo, les attentats ayant été perpétrés pour la même raison. 

Le père de l’élève et Abdelhakim Sefrioui ont été mis en examen pour « complicité » suite à leurs vidéos diffusées dans les réseaux sociaux. Ces derniers sont mis en cause pour avoir été les premiers a relayer l’affaire dans des sphères « dangereuses ».

La réaction la plus virulente vient du ministre de l’intérieur Gerald Darmanin. La réaction du ministre se fait sentir immédiatement, signe une nouvelle fois des ambitions anti-islam du résident de la place Beauvau.  Darmanin demandera, trois jours après l’attentat la fermeture de la mosquée de Pantin, son dirigeant ayant relayé les vidéos de Sefrioui.

Dans la foulée, Darmanin à demandé la dissolution d’associations comme le Collectif Contre l’Islamophobie et Barakacity. Les gardes à vues se sont multipliées et plus de 200 terroristes présumés en situation irrégulières ont été expulsés. Le ministre de l’intérieur ordonne 34 opérations de police sur le territoire. Il souhaite que « la sidération change de camp ».

Cependant les mesures de Darmanin peinent à convaincre. En particulier la dissolution des associations. Certains membres de ces associations sont très probablement liés à des groupes extrémistes, mais la fermeture d’organismes  visant à représenter une minorité passe mal pour l’opinion publique. Darmanin fait passer des mesures qui poussent à croire que l’Etat souhaite agir, mais à part empêcher les musulmans de se réunir et expulser quelques cas isolés, Darmanin ne fait rien de concret.

Enfin la réaction de l’Etat fait douter, le gouvernement Macron n’ayant pas l’habitude de défendre les libertés fondamentales à tout prix, surtout lorsque certains décident de manifester. Cependant lorsque l’Islam est mis en cause, la liberté d’expression redevient une valeur primaire de la République.