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Le début du mois de mars a été ponctué par la réception de centaines de milliers de doses de vaccins contre la Covid-19 au sein des pays les plus pauvres. Le déploiement du système Covax, lancé par l’OMS, rééquilibre l’accès aux vaccins.

Qualifiée de « plus grand déploiement de vaccins dans le monde et de l’histoire de l’humanité » par la directrice générale de l’Alliance du vaccin, Marie-Ange Sakara-Yao, l’initiative lancée en février par l’Organisme mondial de la santé et l’ONG Gavi, soutenue par des organismes internationaux tels que l’Unicef, a pour but d’aider les pays pauvres et/ou en développement à s’approvisionner en vaccins contre la Covid-19 gratuitement.

La priorité reste les personnes vulnérables et soignants, et l’opération a débuté en premier lieu au Ghana et en Côte d’Ivoire, le lundi 1er mars. « Sans Covax, il y a un fort risque que la majorité des gens dans le monde ne soient pas protégés contre le Sars-CoV-2, ce qui permettrait au virus de continuer à contaminer sans relâche », précise Gavi sur son site.

Le but du dispositif est de rendre égal l’accès au vaccin à travers le monde, et d’éviter un monopole du côté des pays riches. L’objectif, placé fin 2021, est de vacciner 20% de la population des pays participants. La stratégie Covax est quelque peu calquée sur les campagnes de vaccination menées contre Ebola.

850 millions d’euros ont été ajoutés au pot commun par l’Union européenne, sous forme de subventions et de garanties bancaires. Courant février, Joe Biden a assuré que les États-Unis verseraient 4 milliards de dollars pour Covax.« L’idée, c’est, dans ces deux premiers trimestres, de distribuer au moins un demi-milliard de doses et évidemment d’aller crescendo, jusqu’à deux milliards de doses cette année », indique Marie-Ange Saraka-Yao. D’ici à juillet, 337,2 millions de doses seront distribuées dans 145 pays. L’Inde en recevra 97,2 millions, le Pakistan 17,2, et le Nigeria 16 – ce sont les trois pays qui en recevront le plus.

Premiers pas

La Côte d’Ivoire et le Ghana ont été les premiers pays à bénéficier du nouveau système. Le président ghanéen Nana Akufo-Addo, âgé de 76 ans, est devenu la première personne à recevoir une dose du vaccin AstraZeneca issue de ce système. « Il est important que je donne l’exemple », a-t-il déclaré.

Le 2 mars, quatre autres pays africains (Kenya, Nigeria, Angola et République démocratique du Congo) ont reçu leurs premières doses de vaccins contre la Covid-19. À l’aéroport international Nnamdi Azikiwe d’Abuja, capitale du Nigeria, sont arrivés 3,94 millions de doses du vaccin britannique AstraZeneca/Oxford, par la voie des airs. L’Angola, après avoir reçu 624.000 doses à Luanda, a débuté la vaccination des membres du personnel de santé.

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS a déclaré dès l’arrivée des vaccins au Nigeria :  « Nous devons agir ensemble pour fournir des vaccins à tous les pays dans les 100 premiers jours de 2021 ». Il regrette également, après la naissance de Covax qu’  « au moins 130 pays, qui comptent 2,5 milliards de personnes, n’ont pas injecté un seul vaccin ».

Un employé décharge des cartons de vaccins Oxford / AstraZeneca Covid-19 à l’aéroport international d’Addis-Abeba, en Éthiopie, le 7 mars 2021. Amanuel SILESHI / AFP

Plus récemment, le Bénin a reçu 144.000 doses du vaccin AstraZeneca gratuitement grâce au dispositif Covax. « La réception des vaccins marque un tournant dans la riposte nationale contre la pandémie. Nous sommes confiants qu’avec ces vaccins, nos efforts pour protéger la population contre le virus seront renforcés », a déclaré le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin, qui a réceptionné les doses à l’aéroport de Cotonou. Il a été précisé via un communiqué du gouvernement béninois que le pays devrait recevoir au total 792.000 doses d’ici le mois de mai. La Sierra Leone a reçu, le 9 mars, 96.000 doses.

L’Organisation de la presse africaine (Apogroup) a indiqué que, depuis le 24 février, plus de 14 millions de doses de vaccins ont été livrées à 22 pays africains.

Acte manqué

Le président du comité scientifique libanais de la campagne de vaccination, le Dr Abdel Rahman Bizri, a affirmé vendredi que la plateforme Covax n’avait pas livré les quantités promises de vaccins contre le coronavirus. « La plateforme Covax n’a pas livré les quantités promises de vaccins contre le coronavirus, en dépit du fait que le Liban ait fourni toutes les ressources, les documents et les prérequis nécessaires », a écrit le médecin sur son compte Twitter.

Le Liban, en déconfinement progressif, connaît actuellement une recrudescence de cas. Le pays devrait recevoir des « centaines de milliers de doses du vaccin AstraZeneca » dans les prochaines semaines, d’après le Dr Firas Abiad, directeur de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth. « C’est une bonne nouvelle, surtout au vu de la hausse des cas de Covid-19. La vaccination sera grandement facilitée par les exigences de stockage moins contraignantes », a-t-il jugé. Au total, 2,1 millions de doses sont attendues à Beyrouth d’ici la fin de l’année.

Le mercredi 10 mars, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a appelé les pays à verser davantage d’argent pour contribuer plus rapidement à faire fleurir le système Covax. Leurs attentes d’élèveraient à près d’un milliard de dollars. « Nous avons demandé au monde entier plus de financements (…) pour l’Unicef et notre distribution aux pays, nous avons encore besoin d’environ un milliard de dollars », a déclaré la directrice générale de l’Unicef, Henrietta Fore, lors d’un événement virtuel organisé par le World Government Summit à Dubaï. Ces fonds devraient être utilisés pour renforcer les systèmes de santé des pays les plus pauvres, ainsi que pour accélérer la distribution des doses de vaccins.

La plateforme Covax, ayant pour objectif une meilleure répartition des doses de vaccins, opère depuis fin février dans 22 pays différents. Plus d’un an après l’apparition du virus, l’initiative tient une place importante dans la suite du combat contre la Covid-19, et le directeur général de l’OMS l’a résumé dans un communiqué : « En termes de sécurité mondiale, plus vite nous pourrons vacciner, plus vite nous pourrons nous concentrer sur la lutte contre d’autres menaces comme la crise climatique, qui n’a pas disparu alors que notre attention a été monopolisée par le virus ».