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Le Vieux continent est en perte de vitesse et le départ du Royaume-Uni ne facilite pas les choses pour Bruxelles, qui se voit plus désunie que jamais.

Un continent en perte de vitesse, L’Europe a du mal, et le départ du Royaume-Uni ne facilite pas les choses pour Bruxelles, qui se voit plus désunie que jamais. Cependant des « hommes forts » font leur loi en politique internationale. Ces hommes sont Vladimir Poutine, Xi Jinping, Recep Tayyip Erdogan ou encore récemment Donald Trump. Ces hommes forts ont su s’imposer et imposer leurs règles, laissant l’UE de côté. Presque comme une puissance mineure, une force politique de laquelle on rit sans jamais rire avec. Avec le départ de Donald Trump et l’arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden, L’Europe voudrait se faire de nouveau respecter et considérer comme un grand du monde. Mais pour cela il va falloir transformer la situation, et faire preuve de beaucoup de fermeté.

L’Union face à elle-même

Tout d’abord vis-à-vis d’elle-même. L’Union Européenne doit se canaliser, apprendre à faire taire les dissensions internes pour pouvoir avancer efficacement. La discorde au sein de l’Union n’aide pas à définir une ligne politique claire. Impossible de prendre des décisions communes sur la politique migratoire. 

Voilà le problème posé par un regroupement de vingt-sept Etats souverains. Tous ont des intérêts à défendre, un peuple à représenter. L’Europe n’est pas une fédération comme les Etats-Unis. Le territoire européen n’est pas uniforme. Un texan et un habitant du Wisconsin ont plus en commun qu’un Espagnol et un Polonais. Tant linguistiquement et culturellement qu’économiquement.

La Pologne et la Hongrie, estimant que le mécanisme de conditionnalité du versement des fonds du plan de relance européen au respect de l’Etat droit n’est pas légal, ont saisi, jeudi 11 mars, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Aris Oikonomou / AFP

 Si l’Europe reste désunie, il sera impossible de peser à l’international. Cependant cela impliquerait directement une perte brutale de souveraineté pour tous les Etats Membres. 

La question du Royaume-Uni se pose également. Comment rester entière lorsque les plus grandes puissances de l’Union menacent de quitter l’Europe ? Le cas Britannique montre la difficulté de décider pour l’Europe et la peur de la perte de souveraineté.

Enfin, la question de l’armée Européenne. L’UE n’a pas d’armée. Or les relations internationales tiennent aussi en un point : « qui tapera le plus fort ». Sans armée professionnelle européenne, difficile pour l’UE de se faire entendre par les autres grandes puissances comme la Russie, qui pourraient rouler sur l’Europe en quelques semaines si l’envie leur en prenait.

L’Union face à la Turquie

Si l’UE parvient à se recentrer et prendre ses décisions d’une seule voix, alors les rapports de force avec les puissances étrangères pourront se relancer, à commencer par les liens avec la Turquie. En Europe, les ambitions « néo-ottomanes » du chef d’Etat turc Recep Tayyip Erdogan deviennent inquiétantes, et l’UE doit faire comprendre aux turcs qui se trouve de l’autre côté du Bosphore. En 2020, l’UE invitait Erdogan à un « dialogue positif ». Une demande jugée molle par Erdogan qui pour toute réponse a douté de la « santé mentale » du président Macron, avant d’envoyer des navires de prospection pétrolière dans des eaux revendiquées par la Grèce et Chypre. Évidemment, le bateau de prospection était escorté militairement.


Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président français Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, posent pour une photo de famille pendant une paix sommet sur la Libye à la Chancellerie de Berlin, le 19 janvier 2020.  Tobias SCHWARZ / AFP

En guise de réponse, L’Allemagne voulait négocier l’arrêt de la mission turque, et le retour des navires vers Istanbul. Au même moment, la France envoyait en Mer Méditerranée des navires de guerre afin de dissuader les turcs d’aller plus loin. Une stratégie efficace, puisque la flotte turque s’est immédiatement retirée, ne souhaitant pas le conflit direct avec les puissances européennes. Une preuve que le seul moyen de se faire entendre par Erdogan reste de sortir les griffes, et de lui montrer qu’elles sont plus acérées que les siennes.

De plus, la Turquie reste dans le giron direct d’une puissance encore plus redoutable, et qui se moque complètement de l’Europe : la Russie de Vladimir Poutine.

L’Union face à la Russie

En Europe, l’ogre russe inquiète. Une région difficile à cerner, presque déconnectée du monde occidental. Un alphabet et une mentalité différente. Pour les Russes, l’UE n’est qu’un pion de Washington. Si les Russes ont un problème à gérer avec l’Union, ils ne passeront ni par Paris ou Berlin, ni par Bruxelles. Ils s’adresseront directement au chef occidentale et passeront par Washington. L’Europe est un caissier, les USA le manager du fast-food et la Russie une cliente mécontente.

Ce déni des Russes vis-à-vis des politiques européens se traduit lors des rencontres entre le président Poutine et les dirigeants européens. Poutine se montre clairement comme le leader face à des puissances moindres. Une réminiscence de la Guerre Froide et de l’URSS. Les occidentaux sont certes avec les USA, mais leur proximité n’en fait pas des interlocuteurs privilégiés, car pas assez puissants, tant économiquement que militairement.

Enfin, la politique de l’UE se revendique pour les droits humains. Ils pensent que ces idéaux coulent de sources et que le monde pense, ou devrait penser comme eux. Cependant ce n’est le cas nulle part ailleurs que dans le monde libéral occidental. L’affaire Navalny en est la preuve, l’opposant est arrêté, l’Europe dénonce et s’indigne, puis plus rien. Poutine ricane doucement et écroue l’opposant. 

En Biélorussie, Loukachenko fait taire la rébellion à grands coups de répression, le tout en étant soutenu par les Russes. Encore une fois, l’UE s’indigne et somme « le dernier dictateur d’Europe » de se retirer du pouvoir. Loukachenko se retourne vers Moscou, s’esclaffe, et retourne mater les rebelles. L’UE a beau envoyer ses meilleurs conseils, ils ne sont vus que comme des moralisateurs que personne n’écoute et sans aucune conséquence. Mais une opération physique dans l’aire d’influence russes équivaudrait a provoquer la colère de Poutine, et les sanctions économiques pourraient porter un coup fatal aux économies des Etats membres de l’UE.

L’UE face à la Chine

En Asie, la perte de puissance est évidente. La Chine gagne en influence sur le continent à vue d’œil et le duel entre Chine et USA pour l’Asie se fait plus que jamais sentir. Du côté européen, la Chine est perçue comme un « adversaire stratégique ». Pour contrer l’influence chinoise, l’UE tente de resserrer ses liens avec des états d’Extrême Orient comme le Japon, le Vietnam ou encore Singapour. Cependant les efforts européens ne visent pas à se rapprocher de ces Etats sans arrière pensée. Tout est fait pour limiter le gain d’influence de la Chine. 


L’accord controversé sur les investissements doit encore être ratifié par le Parlement européen. JOHANNA GERON / POOL / AFP

Le pouvoir européen est en déclin dans la région, au détriment des USA et de la Chine. Commercialement, en 1999, les échanges entre l’Europe et l’Asie (Chine exclue) représentaient 20% des flux en Asie. En 2019, ces chiffres sont tombés à 13%, presque deux fois moins. Le principal partenaire commercial en Asie est aujourd’hui et sans conteste la Chine, qui polarise tous les échanges économiques asiatiques. 

En 2020, le Cambodge se fait réprimander par l’UE pour son bilan vis-à-vis des droits de l’homme, en résulte une augmentation des taxes douanières pour les importations cambodgiennes. Cette sanction aurait pu autrefois faire changer le gouvernement cambodgien, mais cette sanction n’a fait qu’éloigner le Cambodge de l’UE, en le rapprochant directement avec la Chine, qui ne va pas sanctionner quiconque pour non respect des droits de l’homme, financièrement également. En 2010, les banques des cinq plus grandes puissances européennes totalisaient 40% des prêts en Asie du Sud-est. Aujourd’hui ce chiffre est tombé à moins de 25%.

L’UE face aux USA

Enfin les relations avec les Etats-Unis doivent être relancées. Le départ de Donald Trump et l’arrivée de Joe Biden donne un regain d’espoir à l’Atlantisme. Biden et l’Europe se sont déclarés prêts à reprendre un réel dialogue, afin d’avancer dans une direction commune, en l’occurrence protéger les intérêts occidentaux face aux deux menaces actuelles que sont la Chine et la Russie. Mais les quatre années de Trump ont laissé des marques et Biden va d’abord devoir travailler pour rétablir un minimum de confiance entre les USA et une Europe meurtrie et maltraitée de 2016 à 2020.

Cependant USA et UE ne sont pas parfaitement sur la même longueur d’onde. En effet l’UE n’a pas peur d’échanger ni de commercer avec la Chine et la Russie. Les USA pour leur part préféreraient être les partenaires privilégiés de l’UE, afin d’assécher les échanges et les relations entre Europe et Chine. Voire sanctionner Pékin pour ses agissements envers Hong Kong et les minorités Ouïghours. Dans cette opposition mondiale, selon Peter Rough, ancien conseiller de George W. Bush très au fait des affaires européennes : « les USA voient l’UE comme une Suisse survitaminée : importante sur le plan économique mais non alignée sur le plan politique ».

Nul doute que pour récupérer son importance politique et son éclat d’antan, l’Europe devra apprendre à faire face aux défis proposés par les titans qui l’entourent, tout en apprenant à sortir les crocs quand le besoin se fera sentir.