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Alors que l’Italie a dépassé le stade des 100 000 morts dues à la Covid-19, et que la Pologne et la Hongrie durcissent leurs règles sanitaires, d’un autre côté l’Espagne voit son nombre de contaminations diminuer, et les écoles peuvent désormais rouvrir au Royaume-Uni et en Allemagne. Une immense disparité a lieu sur l’évolution de l’épidémie dans chaque pays du vieux continent, et d’immenses questions politiques, économiques et environnementales doivent être résolues afin d’effacer ces inégalités. 

Depuis que la pandémie de Covid-19 est arrivée en Europe, chaque pays a essayé tant bien que mal de trouver une solution contre ce virus. Confinements, couvre-feu, ou encore fermetures des commerces dictent le quotidien des européens depuis un an environ. Mais maintenant que la situation a bien avancé, on a pu se rendre compte que le fait de faire évoluer la pandémie indépendamment dans chaque pays n’a pas forcément été la meilleure solution. Le plus récente litige concerne le « passeport vaccinal ». Jeudi 25 février, les dirigeants européens, réunis pour un sommet en vidéoconférence, ont décidé d’accélérer d’urgence l’autorisation, la production, et la distribution des vaccins anti-Covid. La montée en puissance des différents variants, et notamment le variant anglais, contrecarre totalement les plans initialement prévus par l’Union Européenne. 

Le vaccin comme point de départ

Les Vingt-Sept ont aussi décidé de maintenir des mesures sanitaires strictes, en limitant les déplacements non-essentiels à l’intérieur de l’UE. Concernant le fameux passeport vaccinal, des divergences sont aussi apparues. Paris et Berlin jugent la question précipitée, rejetant toute inégalité de traitement entre une minorité privilégiée et les autres. Mais des Etats plus dépendants du tourisme, souhaitent une adoption accélérée pour sauver leur saison estivale, à l’instar de la Grèce qui, comme Chypre, a déjà conclu un accord touristique avec Israël. C’est finalement la Commission qui devra élaborer les conditions techniques d’un certificat vaccinal. Angela Merkel, la chancelière allemande, a assuré que ce projet « ne signifie pas que seuls les détenteurs d’un passeport vaccinal pourront voyager. » Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a toutefois prévenu que les Etats membres devront adapter leurs systèmes de santé et structures douanières pour préparer l’établissement de ce certificat commun. Trois mois sont nécessaires afin de parvenir à cet objectif. Le délai semble très serré, et il y a de fortes chances pour que les Etats les plus dépendants au tourisme ne puissent pas accueillir autant de monde que prévu initialement. Ce projet paraît comme un début d’entraide dans ce flou total. A titre comparatif, la Chine a lancé pour ses citoyens un passeport numérique qui leur permettra de prouver leur statut sanitaire lors d’un voyage vers ou en provenance de l’étranger. Ce certificat sera une application pour smartphone qui affiche et authentifie les données sanitaires des passagers, comme leurs tests Covid (PCR et anticorps) ou leur statut vaccinal. Pour l’instant, l’application n’est pas obligatoire et est réservée aux Chinois. Surtout, la Chine et l’Europe devront se mettre en accord sur ce certificat afin de pouvoir voyager entre les deux géants économiques. 

Les premières doses du vaccin Johnson & Johnson arriveront en France à la mi-avril, a annoncé au JDD le numéro 2 de l’entreprise, Paul Stoffels. KAMIL KRZACZYNSKI / AFP

La Chine représente plus de 4% des touristes venant en France, l’un des pays les plus touristiques au monde, un chiffre non négligeable. Si les touristes chinois pouvaient revenir en France à partir de cet été et qu’aucun pic épidémique n’arrive en conséquence, cela représenterait une avancée majeure dans la lutte contre la Covid-19. Avant cela, la situation était très délicate. ourworldindata.com a publié lundi 8 mars les chiffres de la part de la population ayant reçu au moins une dose de vaccin, et celle étant complètement vacciné. Le résultat est criant : au total, seul 6,2 % des Européens ont reçu au moins une injection, et 2,9% sont totalement vaccinés. A titre de comparaison, la population américaine a été vaccinée à 17,2%, très loin d’Israël, qui culmine à 57%. Afin de palier à ce manque de vaccination, la chambre de commerce italo-russe a annoncé la production du vaccin Spoutnik V en Italie à partir de juillet. Pour le moment, le vaccin n’est pas autorisé dans l’Union Européenne, mais a franchi une étape-clé avec le début de son examen par l’Agence européenne des médicaments. Au total, dix millions de doses seront produites entre le 1er juillet et le 1er janvier 2022. La République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie commandent aussi en grande quantité des vaccins russes et chinois. Le Danemark et l’Autriche ont quant à eux décidé de se tourner vers Israël pour produire conjointement des vaccins. 

Cette avancée permettra une diversité de vaccin, donc une plus grande quantité, et donc un accroissement du nombre de personnes vaccinées. Les vaccin Johnson & Johnson seront aussi très bientôt approuvés par l’AEM, et apporteront leur soutien aux trois vaccins déjà autorisés par l’autorité européenne : Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca. Ce dernier, récemment très critiqué pour les retards et la lenteur de ces livraisons, a assuré une montée en puissance des livraisons au deuxième trimestre. Elles pourraient atteindre un rythme moyen de 100 millions de doses par mois d’avril à juin.

Un Europe coupée en deux

En dehors de cela, d’un point de vue global, l’Union européenne est divisée en deux : d’un côté l’Europe occidentale qui commence à se sortir très doucement de la crise, et de l’autre côté l’Europe orientale qui rougit à vue d’œil. En effet, en dehors du Royaume-Uni, qui se tire d’affaires grâce à sa campagne de vaccination intense, mais qui ne fait plus partie de l’UE, d’autres ont pu eux aussi revenir dans le vert, ou en tout cas ne pas empirer la situation. C’est notamment le cas de l’Allemagne, qui a levé certaines restrictions lundi 8 mars. Librairies, fleuristes et auto-écoles, peuvent de nouveau accueillir des visiteurs dans tout le pays. La campagne de vaccination reste tout de même jugée bien trop lente pas l’opinion publique. L’Espagne voit aussi son taux de contamination baisser fortement. Il était de -50% à -100% du 1er au 7 mars par rapport aux 7 jours précédents. En revanche, en Italie, le ministre de la Santé Roberto Speranza a annoncé de nouvelles restrictions dans trois régions (Frioul-Vénétie-Julienne, Vénétie et Campanie). L’hypothèse d’un 3ème confinement est même évoquée par le gouvernement Draghi. 

Confrontée à une nouvelle vague, L’Italie reconfinera la majeure partie de son territoire à partir de lundi. Marco Bertorello / AFP

La Grèce, pourtant très portée sur les mesures de prévention, a due prolonger le confinement à Athènes et dans plusieurs régions. La Finlande, qui comptait parmi les moins touchés par le virus dans l’UE, vient d’adopter de nouvelles restrictions, dont la fermeture des bars et des restaurants dans tout le pays, et celle des salles de sport, piscines et saunas publics, pourtant très en vogue, à Helsinki. Aux Pays-Bas, le Premier ministre Mark Rutte, a annoncé la prolongation des mesures mises en place jusqu’au 31 mars, dont le couvre-feu après 18 heures, ce qui avait provoqué des émeutes lors de sa mise en œuvre. Le gouvernement tchèque a quant à lui déclaré l’état d’urgence face à l’approche de la saturation des hôpitaux. La Hongrie a fermé, lundi 8 mars, ses écoles et la plupart de ses magasins et entreprises. La Pologne impose désormais le masque dans les espaces publics et des restrictions dans certaines régions. La partie orientale de l’Union européenne est donc fortement plus touchée : le nombre moyen de cas de contaminations quotidiens a accrût de 25% dans plus de 10 pays d’Europe de l’Est la semaine du 1er mars. Le variant britannique a fortement touché ses pays, entre 30% et 70% des cas, et tous misent sur les vaccinations. L’Europe est donc totalement coupée en deux, et aucun pays ne tente réellement de s’entraider avec un autre. Tous mise sur la vaccination, sans penser à ce que son voisin pourrait faire pour améliorer la situation. Pour l’instant, aucune évolution aucune réelle entraide n’est remarquée, et personne ne s’attend à un changement du jour au lendemain. Si l’Union européenne veut stopper ou du moins ralentir la pandémie, elle doit le faire unie.