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Alexeï Navalny trouble réellement le monde politique russe. Bien qu’il n’apparaisse pas en grande menace pour la stabilité politique du pouvoir actuel, sa notoriété grimpe au fil de ses actions et révélations.

L’avocat devenu leader de l’opposition russe, alors qu’il se rendait de Minsk à Moscou en avion, est tombé malade. L’appareil dans lequel il voyageait a alors atterri d’urgence pour transporter A. Navalny à l’hôpital, il sera par la suite placé dans un coma artificiel.

Les hypothèses privilégiant un empoisonnement se multiplient, car personne ne veut croire à un simple concours de circonstances. Étant dans un grave état, sans danger direct de mort, il sera exfiltré en Allemagne à la demande de sa famille, puis hospitalisé à Berlin en août 2020. Seront ensuite trouvées des traces d’inhibiteurs de la cholinestérase (pouvant appartenir au groupe d’agents neurotoxiques « Novitchok », d’après trois laboratoires européens.

Il décide tout de même, après cinq mois de convalescence, de rentrer en Russie, il déclarera : « On va m’arrêter ? Ce n’est pas possible, je suis innocent ». L’opposant politique sait pertinemment que son avenir politique en Russie demeure flou et limité : « Il sait qu’il n’a pas d’avenir politique hors de Russie. Poursuivre une action politique en exil est très difficile, voire impossible », d’après Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe à Moscou. Son influence n’est pas réellement étendue en Russie, malgré de fervents supporters, mais il a une ligne de conduite, une mission à mener à bien. Il a d’autant plus gagné en importance depuis l’incident du vol Minsk-Moscou, un sondage Levada montre que depuis cet événement, l’approbation de ses agissements a triplé chez les habitants russes.

Malgré son envie et ses actions, il a décidé de prendre le risque de revenir à Moscou, et se fera arrêter dès qu’il posera le pied à terre.

Le trouble-fête

Alexeï Navalny dérange le Kremlin, et ce depuis de nombreuses années. Dès 2010, il commence à publier des enquêtes traitant de la corruption en Russie.

Pour Vladimir Poutine, Alexeï Navalny n’est rien d’autre qu’une menace mineure. Il a montré à de nombreuses reprises ne pas avoir peur de lui, très sûr de lui quant à l’élection présidentielle de 2024. La peine de prison de trois ans et demi décidée pour le militant le 2 février 2021 semble être un semblant d’acte de censure, puisqu’il ne pourra plus apparaître convenablement sur le paysage politique russe.

Le gouvernement russe a assuré à plusieurs reprises ne pas être à l’origine de la tentative d’empoisonnement visant A. Navalny, pour cette simple raison : « Si on l’avait voulu, l’affaire aurait été menée à son terme », a déclaré Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse annuelle.

Diverses hypothèses seront énoncées par les hautes instances russes : problèmes de santé, mise en scène, empoisonnement volontaire, sans jamais parler d’une affaire interne.

Tensions UE-Russie

Le 5 février 2021, la Russie décidait d’expulser des diplomates européens car ils affichaient un soutien à l’opposant de Vladimir Poutine. Ce qui déclenchera une suite d’adresses indirectes : « Nous avons informé l’ambassadeur russe qu’une personne de l’ambassade de Russie s’est vu demander de quitter la Suède. Il s’agit d’une réponse ferme à la décision inacceptable d’expulser un diplomate suédois qui ne faisait que son devoir », a réagi sur Twitter Ann Linde, la ministre suédoise des Affaires étrangères. Le 8 février, en plus de la Suède, l’Allemagne et la Pologne renverront des diplomates russes en guise de riposte.

Si la seconde personnalité politique de Russie lutte depuis 2009 contre la corruption, son objectif final reste trouble. S’il maintient à chaque sortie son souhait d’éveiller les consciences, il se dresse devant plus grand que lui, et la Russie dans sa majorité ne montre rien sauf du désintérêt.