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Alors que Donald Trump désigne la Chine comme principal responsable de la pandémie de Covid-19, l’état chinois ne semble pas se démonter face à la première puissance mondiale, esquissant même une tentative de prise de pouvoir sur la scène mondiale en régulant l’approvisionnement en masque de la planète.

« J’ai des preuves immenses prouvant que le coronavirus vient d’un laboratoire de Wuhan » a déclaré dimanche dernier Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine. Si le caractère diplomatique de cette déclaration est contestable, l’ancien directeur de la CIA a justifié ses propos en affirmant que “ Ce n’est pas la première fois que le monde est mis en danger à cause de virus provenant de laboratoires chinois ». Cette allusion à peine masquée à l’épidémie de SARS-CoV-1 (SRAS) en 2002 n’a pas manqué de faire réagir le gouvernement chinois, qui a jugé Pompeo de « propagateur de mensonge et de diffamation », allant même jusqu’à le qualifier « d’ennemi de l’humanité ».

Une qualité de masque relative

Malgré ces tensions, la contribution chinoise aux masques de protection destinés aux américains est massive, même si les Etats-Unis produisent sur leur territoire 55,5 millions de masques par mois, dans un pays comptant plus de 330 millions d’habitants. Inutile de préciser que ces masques doivent être remplacés au bout de quelques usage. Les Etats-Unis dépendent donc de l’exportation chinoise de masque, Chine qui se targue d’avoir exporté près de quatre milliards de masques à travers le monde depuis le début de la pandémie.

Cette récente déclaration est toutefois à nuancer à cause des nombreuses remises en causes de la qualité des masques exportés, avec notamment les Pays-Bas qui ont rappelé plus de 600.000 masques chinois car ils ne correspondraient pas aux normes en vigueur ou l’Espagne qui a renvoyé plusieurs milliers de test défectueux en provenance d’un fabriquant chinois. Un responsable au ministère du Commerce, Jiang Fan, a nuancé : « Il existe en réalité plusieurs facteurs, tels que le fait que la Chine a des normes et des habitudes d’utilisation différentes des autres pays. Un usage inapproprié peut susciter des doutes sur la qualité ».

Lexception chinoise

Si la Chine est accusée de toutes parts d’avoir un lourde responsabilité dans la propagation du Covid-19, elle demeure l’une des rares nations à avoir « neutralisé » la pandémie, même si une deuxième vague est à craindre. Les chiffres communiqués par cette dernière restent néanmoins plus que douteux, avec seulement 4 633 décès pour 82 881 cas. Cette transparence en demi-teinte inquiète les grandes puissances, et notamment les pays européens ou les USA. Ces derniers comptabilisent 1,23 million de cas ce qui en fait le pays le plus touché. L’Europe, elle, a subi deux tiers des décès liés au coronavirus. Ces données apparaissent comme des opportunités exceptionnelles pour la Chine, elle qui a déclaré le 16 avril dernier avoir effectué au moins 36 communications avec des autres dirigeants autour du monde. Ces communications laissent clairement entrevoir la volonté du gouvernement chinois : ils ont la main sur la situation, mais sont loin d’avoir la situation en main.

La diplomatie made in China

Comme l’a relevé Le Monde, Deng Xiaoping a prononcé un fameux discours en 1974, dans lequel il affirmait :  » La Chine n’est pas une superpuissance et ne cherchera jamais à l’être ». Force est de constater que les ambitions du pays le plus peuplé au monde ont bien évolué pour atteindre leur apogée durant cette crise, opportunité rêvée pour Xi Jinping. Cette rébellion à l’échelle mondiale a été marquée par 3 interventions. La première s’est déroulée en France, lorsque l’ambassade de Chine a diffusé un document affirmant que les personnels des Etablissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (Ehpad) »ont déserté collectivement, laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie ». L’ambassadeur Lu Shaye a alors été immédiatement convoqué par le Quai d’Orsay. La deuxième intervention extraterritoriale chinoise a pris place au Brésil, où l’ambassadeur local Yang Wanming a accusé le fils du président, Eduardo Bolsonaro, d’avoir attrapé « un virus mental » au cours de sa rencontre avec Donald Trump en Floride en mars, rencontre à l’origine des spéculations sur la contamination du président brésilien démenties ensuite. La dernière provocation chinoise concerne le pays de l’Oncle Sam. Zhao Lijian, le porte-parole du ministère des affaires étrangères de Chine, a évoqué la possibilité que le Covid-19 ait été importé par l’armée américaine qui était alors en déplacement pour concourir aux Jeux Olympiques militaires qui se sont tenus du 18 au 27 octobre 2019. Toutes ces avancées sont inédites pour un gouvernement chinois d’ordinaire silencieux sur la scène internationale, ce qui renforce la volonté de montée en puissance du PCC (Parti Communiste Chinois).

Des affaires internes à gérer

Pendant que la scène internationale est occupée en majeure partie par la pandémie de Covid-19, La Chine profite du chaos ambiant pour mettre en place un certain nombre de décisions en interne. Le Parlement Chinois, assemblée qui se réunit une fois par an pour fixer les grands axes du pays, a été fixée au 22 mai alors qu’elle devait se dérouler le 29 avril dernier. Cette annonce peut être traduite comme un retour à la vie normale, sans crainte d’une deuxième vague de virus. Le sujet qui animer cette édition exceptionnelle est la situation économique du pays. En effet, le PIB chinois a dégringolé de 6,8% au premier trimestre, une récession inédite dans la mesure où même pendant la crise mondiale de 2008, elle n’avait été victime de récession. A Taïwan, elle multiplie les intimidations militaires en naviguant aux abords des îles taïwanaises, pays qu’elle considère appartenir à la Chine. Cette île étant sous protection américaine, les chinois s’en sont tenus à l’écart jusqu’à présent mais le récent retrait de la flotte américaine à cause du Covid-19 a ouvert de nouveaux horizons à la Chine. Sur la question de Hong-Kong, la Chine a décidé de trancher rapidement : elle a outrepassé le 17 avril dernier le principe fondamental de la Basic Law (Loi fondamentale de la région administrative spéciale de Hong) qui empêche tout ingérence entre Pékin et Hong-Kong. Sous protection américaine depuis 2008, Hong-Kong a été victime de la panique générale occasionnée par le Covid-19. L’état chinois prend donc petit-à-petit place dans le gouvernement de Hong-Kong, même s’il s’était déjà immiscé à plusieurs reprise notamment dans les départements de l’immigration ou de la police.

La Chine est indéniablement en position de force. Si les Etats européens et les Etats-Unis espèrent trouver un vaccin dans les prochains mois, c’est pour l’instant la Chine qui régule la protection de chaque pays face à la pandémie, sous couvert de « l’utilitarisme humaniste ». L’avenir post-Covid-19 s’esquissera donc obligatoirement avec et selon la Chine, un pays aux ambitions humanistes qui persécute encore plus de 10 millions d’Ouïghours.