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Début juin, des manifestations éclatent dans de nombreuses villes étasuniennes faisant suite à la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, tué lors d’une interpellation brutale à Minneapolis, dans le Minnesota. Depuis, les militants du mouvement Black Lives Matter (BLM) se rassemblent massivement pour obtenir une justice raciale au États-Unis. 

Le jeune afro-américain, mort asphyxié, affirmait qu’il ne pouvait plus respirer: « I can’t breathe », alors que le policier blanc, le maintenait avec son genou sur la gorge jusqu’à ce qu’il ne puisse plus respirer. La vidéo de la scène tragique, filmée par une adolescente de 17 ans, est devenue virale sur les réseaux sociaux et a provoqué une onde de choc mondiale. 

L’arrivée au pouvoir de Barack Obama, premier président noir des États-Unis, avait été perçue par beaucoup comme une nouvelle ère, celle de la fin du racisme dans le pentagone. Depuis l’époque où l’esclavage et le négationniste étaient canoniques, les États-Unis se sont amendés. Et pourtant, les manifestations et les tensions persistent depuis plusieurs années. Le président afro-américain quittera l’exécutif sans avoir réussi à neutraliser ces violences systémiques. Le racisme au sein de la police américaine persiste, notamment envers la population noire. 

En 2012, Trayvon Martin est mort assassiné par un vigile en Floride. En juillet 2014, ce sera Eric Garner, un homme de 43 ans, père de six enfants, qui mourra étouffé lors d’une interpellation musclée à New York. La même année, la police aura tué sans raison avérée Michel Brown, Laquan McDonald, Akai Gurley et Tamir Rice (enfant de 12 ans jouant avec une arme factice sur une aire de jeux dans l’État de l’Ohio). Chaque année porte sa dose de violences policières dans le pentagone. 

La liste serait longue si l’on continuait jusqu’à nos jours. Les policiers faisant preuve de violences injustifiées, envers des personnes non armées, ne sont quasiment pas punis et passent toujours entre les mailles du filet. Sans une justice qui dissuaderait les auteurs de ces violences, cette ère perdurera. Entre 2013 et 2019, « 99% des morts lors d’une interpellation policière n’ont débouché sur aucune inculpation des officiers de police mis en cause » selon les chiffres du Monde. Cette violence répétée questionne l’usage souvent démesuré des armes dont fait preuve la police aux États-Unis.

L’origine du mouvement

Le mouvement BLM est né aux États-Unis en 2013, alors que le vigile qui a tué Trayvon Martin, un adolescent noir de 17 ans, en 2012, en Floride, est acquitté un an après les faits.

Début juin, des centaines de milliers de personnes descendent dans les villes des États-Unis en revendiquant le slogan « Black Lives Matter », « la vie des noirs compte » en français. La première demande des manifestants reste la réforme contre la violence policière, la condamnation de Derek Chauvin, auteur du meurtre de Georges Floyd ainsi que la fin des inégalités raciales. 


Le 6 juin 2020 : « Un demi-million de personnes ont défilé dans plus de 550 villes aux États-Unis »

LE NEW YORK TIMES

Le 6 juin 2020, ils étaient des milliers à déferler dans les rues de Washington répondant présent à une dizaine d’appels à manifester dans la capitale fédérale. La pandémie de la Covid-19 toujours présente, ils étaient tous masqués. Ce succès incontestable a notamment été permis par les réseaux sociaux où la manifestation, et de nombreuses autres ont pu être organisées. Ce mouvement a sans doute été le plus important de l’histoire des États-Unis. « Notre mission est d’éradiquer la suprématie blanche et de renforcer le pouvoir local pour intervenir face aux violences infligées aux communautés noires par l’État et les justiciers. En combattant et en contrant les actes de violence, en créant un espace pour l’imagination et l’innovation des Noirs et en centrant la joie des Noirs, nous obtenons des améliorations immédiates dans nos vies », pouvons-nous lire sur le site internet BLM. Si Donald Trump est resté indifférent face aux manifestations, et a consacré toute son attention aux primaires qui se sont tenues courant juin dans une bonne partie des États-Unis, elles ont été notifiées à l’international. 

A l’image de la vague #Metoo, le mouvement Black Lives Matter s’est inscrit dans une dimension planétaire. Repris massivement notamment en occident, le slogan apparaît sur les pancartes des manifestants qui réclament une justice raciale. L’une des conséquences directes des manifestations américaines est l’émergence d’un questionnement sur le passé colonial notamment en France, et au Royaume-Uni. En guise de protestation contre le racisme, les militants antiracistes de BLM ont listé l’ensemble des statues de l’espace public, qui de leur point de vue représente « l’oppression blanche ». BLM a de cette façon lancé un débat sur le passé colonial et impérialiste occulté. 

 « Alors qu’ils ne représentent que 12,7% de la population aux États-Unis, 23,6% des morts faisant suite à des violences policières en 2019 étaient noirs »

LE MONDE

La statue Edward Colston, ce marchand d’esclaves de la fin du XVIIe siècle, a par exemple été jetée à l’eau par des militants. Elle est ensuite repêchée par les services de la mairie le 11 juin. Le 13 juin, c’est la statue de Robert Milligan, propriétaire d’esclaves au XVIIIe siècle, qui a été retirée à Londres, avec l’accord du maire de la ville. 

Un combat en hommage à Georges Floyd et à tous ceux qui ont été victimes de violences policières

Le policier qui a tué G. Floyd a été arrêté 4 jours après les faits, et a été inculpé pour homicide involontaire, puis pour « meurtre prémédité ». Il a été remis en liberté contre une caution d’un million de dollars en attendant son procès qui se tiendra en mars prochain.

Ces faits illustrent parfaitement le problème qui perdure aux États-Unis. Alors que le meurtre est ici clairement identifiable sur la vidéo qui a circulé mondialement sur les réseaux sociaux, le policier a tardivement été inculpé pour homicide volontaire sous la pression de l’opinion publique. Il avait déjà fait l’objet de 18 plaintes, dont 15 impunies, et aucune n’avait jusque-là entaché sa carrière. Georges Floyd a été la bavure de trop. Il a été démis de ses fonctions avec ses trois autres collègues qui ont assisté à la scène sans bouger d’un cheveu.

Ce revirement dans le procès de Derek Chauvin témoigne de la puissance des milliers de manifestants qui ont fait pression pour que Derek Chauvin soit jugé pour le crime qu’il a commis. L’image a pris ici une place centrale.

L’écho qu’a eu le meurtre de G. Floyd au niveau du pentagone et à l’international a été permis par cette vidéo devenue virale. Depuis plusieurs années, les militants pour l’égalité raciale cherchent à médiatiser les victimes de violences policières afin de démontrer que ce ne sont pas que des incidents isolés mais bien des faits qui se répètent. Grace à cette vidéo, l’ensemble de la planète a pu être au courant en l’espace de quelques heures.

Cependant, cette preuve visuelle de violences a une portée plutôt faible lors des procès si l’on regarde s’en tient au procès des années précédentes. Le procès de Darek Chauvin aura lieu le 8 mars 2021. Il pourrait bien être le symbole d’un changement de société aux États-Unis, qui sera soutenu par Joe Biden et son équipe défendant la justice raciale. Kamala Harris, alors nommée colistière de Joe Biden s’est fortement positionnée sur la question. « Il n’y a pas de vaccin contre le racisme. Nous devons faire le travail ».