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L’entrepreneur chevronné doit sans nul doute sa réussite à son inépuisable force de travail.

Dès sa jeune enfance, le jeune Elon détonne. Préférant se plonger dans des BD plutôt que de plonger pour aplatir un ballon ovale sur l’un des terrains de rugby dont foisonne son pays natal, l’Afrique du Sud, le jeune garçon peine à prendre ses marques. Épris d’une passion inébranlable pour l’informatique, d’une soif inextinguible de réussite, il se distingue très tôt de ses camarades, dont la flamme des rêves semble étouffée par l’environnement sinistre dans lequel ils grandissent. Le jeune Elon espère pouvoir fuir au plus vite la brutalité du régime de l’Apartheid, lequel a créé, selon ses propos repris par sa biographe, Ashlee Vance, une culture dominante célébrant « les comportements hyper-masculins et les costauds rugueux ». Seulement, cette culture semble avoir rongé son père, qui parfois le frappe et le harcèle psychologiquement.

Quoi qu’il fasse, il ne peut fuir cette violence. Ses camarades se moquent de ce garçon introverti, l’affublant du sobriquet de « musk rat » (le rat musqué). Une bande fait de ce jeune leur souffre-douleur. Alors qu’il lisait en haut d’une cage d’escaliers, ces jeunes le poussent. Il se casse le nez et subit une opération, dont il porte encore aujourd’hui les stigmates. Cet environnement particulièrement hostile forge sa carapace impénétrable. À seulement 6 ans, il fera déjà montre d’un certain entêtement. Son cousin fête alors son cinquième anniversaire de l’autre côté de la ville de Pretoria, dans laquelle il grandit. Tout excité, il demande à sa mère l’autorisation de s’y rendre mais cette dernière refuse. Elon ne se résigne pas et envisage d’enfourcher son vélo, assurant qu’il connaît bien le chemin. Sa mère campe sur sa position, prend sa voiture, et laisse son fils à la maison.

Épris d’une passion inébranlable pour l’informatique, d’une soif inextinguible de réussite, il se distingue très tôt de ses camarades, dont la flamme des rêves semble étouffée par l’environnement sinistre dans lequel ils grandissent.

Qu’importe, Elon marchera ! Ainsi entreprend-il une marche de quelque 15 kilomètres dans la capitale sud-africaine. À son arrivée, sa mère le fustige du regard et il n’aura pas pu pleinement profité de cette fête. Passionné par la programmation informatique, il crée à 12 ans son propre jeu vidéo, Blastar, et parvient à le revendre pour 500 dollars. À 16 ans, Elon tente d’ouvrir une salle d’arcade avec son frère Kimbal mais leur enthousiasme bute sur la fermeté de leur père, qui refuse de signer les documents administratifs. Sans doute lucide sur ses minces chances de faire carrière en Afrique du Sud et désirant fuir ce pays qui ne correspond pas à son ADN d’entrepreneur, le jeune Elon se prend à rêver d’Amérique. Il y voit à la fois un échappatoire et un parfait exutoire, le laboratoire idoine pour concevoir et réaliser ses projets les plus fous.

À 17 ans, à la faveur d’une modification de la loi, il s’envole, avec 2000 dollars en poche, pour Montreal. Elon Musk essuie dans un premier temps les quolibets de ses pairs et se trouve contraint de multiplier les petits boulots éreintants. En 1995, il crée avec son frère Kimbal Zip2. L’outil, aidant notamment les médias à passer du format papier au format numérique, sera revendu en 1999 à Compaq pour 307 millions de dollars. Elon touchera alors directement 22 millions de dollars. La machine est lancée. Le jeune entrepreneur touche un peu à tout mais, surtout, a le pouvoir de flairer le bon filon. Ainsi se tourne-t-il ensuite vers les services financiers pour développer X.com. Elon Musk décrit le concept : « Vous aviez juste à taper une adresse mail ou un identifiant unique pour pouvoir transférer de l’argent à d’un compte à un autre. »

« Terminator »

Le projet finira par fusionner avec Confinity pour devenir… Paypal. Le rêve américain commence à sourire au jeune entrepreneur. Estimant que la NASA se repose sur ses lauriers, il s’est toujours fixé un objectif fou : coloniser Mars. À cette fin, il se rend à Moscou en 2001 dans l’espoir d’acheter du matériel spatial. La tentative se solde par un vibrant échec. Ses interlocuteurs lui crachent littéralement dessus et, visiblement agacés par l’assurance démesurée de ce trentenaire inconnu du milieu, l’envoient balader. Mal leur en a pris. En mai 2002, à Hawthorne, il fonde SpaceX, entreprise dans laquelle il décide d’investir 100 millions de dollars.

Quelques mois plus tard, l’heureux millionaire investit quelque 50 millions de dollars dans les voitures électriques de Tesla. La formidable réussite de ces deux projets doit beaucoup à l’abnégation d’Elon Musk et de ses collègues, qu’il pousse à dépasser leurs limites. Un de ses employés, qui se plaignait de trop travailler, se souvient très bien de la réponse d’Elon : « Tu auras beaucoup plus de temps pour voir ta famille quand on aura fait faillite. » Mary Beth Brown, après 12 ans de dévouement absolu, a demandé une augmentation. Elon Musk l’a virée sans ménagement. Le jeune enfant était capable de lire plus de 10 heures par jour dans sa jeunesse, le patron quelque peu tyrannique consacre désormais entre 15 et 20 heures de ses journées à son travail, tous les jours de la semaine, et en attend autant de ses collègues. Aussi paraît-il qu’il était un jour écrit sur un grand panneau chez SpaceX : « Si vous n’êtes pas là samedi, rien ne sert de revenir lundi. »

Pour moi, il est comme Terminator. Il fixe son regard sur quelque chose et lance : ce sera à moi.

Justine Musk, son ex-femme

L’homme le plus riche du monde est passionné, hyper efficace, mais est incapable de supporter qu’on le déçoive. Il semble enfiler, pour reprendre la métaphore de son ex-femme, Justine Musk, le costume de « Terminator ». Elon Musk se jette à corps perdu dans des projets sur lesquels personne n’aurait misé un cent et les réalise. Il le paie toutefois au prix de sa santé. Nul ne peut en effet prétendre sauver le monde sans accepter d’en porter le poids. Revenant sur la biographie d’Ashlee Green, Benoît Georges, journaliste aux Echos, écrit : « L’Elon Musk que décrit le livre ne s’arrête jamais, traversant dans un de ses bolides la Californie d’une usine à l’autre, sautant dans son jet privé pour défendre l’énergie solaire à Washington ou livrer une pièce sur l’île de Kwajalein. »

Après tout, note un ancien salarié de Zip2, « on ne parvient pas là où est Elon aujoud’hui en se montrant tout gentil ». C’est peut-être là la principale inconnue du futur de cet homme du futur. Parviendra-t-il à surmonter sa marginalité ? Ou au contraire l’embrassera-t-il pour continuer à gagner la curiosité du grand public ? Comme une réminiscence de sa dure enfance à Pretoria, Elon Musk a désigné le confinement comme une pratique fasciste… L’entrepreneur tient à sa liberté, chèrement gagnée.