Temps de lecture estimé : 4 minutes

Le Royaume-Uni a définitivement quitté l’Union Européenne ce vendredi 1er janvier 2021 après des mois d’âpres négociations. La période de transition vient tout de même de démarrer. Retour sur une affaire démarrée depuis 2016, qui a bouleversé l’histoire et qui bouleversera encore dans l’avenir l’Europe et les Royaume-Uni. Retour sur un conflit qui dure depuis 74 ans et qui est loin d’être achevé.

En 1946, la guerre froide fait ses grands débuts. Winston Churchill, alors Chef de l’opposition au Royaume-Uni, plaide pour la constitution « d’Etats-Unis d’Europe ». Alors que la division de l’Europe se dessine, il s’agit, selon lui, du meilleur moyen de protéger le continent. « Si les pays européens parvenaient à s’unir, leurs 300 à 400 millions d’habitants connaîtraient, par le fruit d’un commun héritage, une prospérité, une gloire, un bonheur qu’aucune borne, qu’aucune frontière ne limiterait », déclarait Winston Churchill à Zurich le 19 septembre 1946. Néanmoins, il n’intègre tout de même pas le Royaume-Uni à cette idée, qui relèverait plutôt de la responsabilité de la France et de l’Allemagne, d’après lui. Quatre ans plus tard, Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe, pose les premiers jalons de la construction européenne et présente son plan pour la création d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA).

Le Royaume-Uni refuse d’y participé. Un premier refus qui marque en quelque sorte le début du conflit. En 1960, afin de conclu Communauté économique européenne (CEE), créée en 1957, le Royaume-Uni, est à l’origine de l’Association européenne de libre-échange (AELE), aux côtés de six autres pays. Une initiative qui se révèlera insuffisante pour Londres, qui déposera sa première candidature pour intégrer la CEE dès l’année suivante. Candidature qui sera rejetée à deux reprises par la France. En 1973, la troisième candidature pour adhérer à la CEE est validée par l’Europe des Six, y compris la France. La proximité entre le Premier ministre britannique Edward Heath, et le président français Georges Pompidou sera déterminante. En 1979, Margaret Thatcher, tout juste élue Premier ministre, entre en conflit avec l’UE et réclame un rabais sur la participation de son pays au budget communautaire. Le début d’une longue confrontation, conclue seulement en 1984, et qui se soldera par une victoire pour la Dame de fer. Huit ans après, en 1992, en dépit de l’opposition d’une partie de son parti, le conservateur John Major ratifie le traité de Maastricht. Lors des négociations préalables, il a néanmoins obtenu une clause lui permettant de ne pas avoir à adhérer à la monnaie commune. 

Le chef du groupe de travail de la Commission européenne pour les relations avec le Royaume-Uni, Michel Barnier, lors d’une conférence de presse sur les négociations sur le Brexit au siège de l’UE à Bruxelles, le 24 décembre 2020. AFP

En 1997, l’arrivée du travailliste Tony Blair au pouvoir au Royaume-Uni permet un réchauffement significatif des relations avec l’Europe, à tel point que l’adhésion à l’euro est envisagée. En raison de la participation du Royaume-Uni à la guerre en Irak, de monnaie du parti anti-européen (UKIP), ou encore du rejet du projet de constitution européenne, il n’en sera finalement rien. Pendant plusieurs années, une sorte de calme régnait entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne, les Premiers ministres et les présidents de Commission européenne s’enchaînants. Mais le retour des conservateurs au pouvoir en 2010 et l’arrivée de David Cameron au 10 Downing Street sonnent la fin d’une période de relatif calme dans les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Lors de la campagne pour élections législatives, il promet même d’organiser un référendum sur la question en cas de victoire. De nombreuses années de débat s’en suivent et le référendum a finalement lieu. 

Organisé le 23 juin 2016, il se solde finalement par la victoire du « out » avec 51,89% des suffrages, entrainant un véritable séisme politique. Immédiatement démissionnaire, David Cameron, qui a personnellement milité pour rester au sein de l’UE cède sa place à Theresa May, jusqu’ici sa ministre de l’Intérieur, cette dernière ayant bénéficié de l’abandon surprise de M. Johnson. Depuis, les modalités du Brexit agitent sans discontinuer les débats britanniques et européens. Alors que l’article 50 du traité de Lisbonne, prévoyant la sortie d’un Etat membre de l’UE, doit être déclenché le 29 mars 2017, les deux parties se préparent à de longues et difficiles négociations, qui devraient durer 2 ans. Pour représenter les Européens, c’est le français Michel Barnier, ancien ministre et ancien commissaire européen, qui a été choisi par Jean-Claude Juncker, ancien président de la Commission européenne. Finalement, c’est après plus de trois ans et demi de négociations et de débats entre Londres et Bruxelles, deux élections générales, et trois Premiers ministres, le Brexit a finalement été effectif à partir du 31 décembre 2020 à minuit.

A cette date-là, le Royaume-Uni a cessé d’être membre de l’Union européenne, mais entre dans une phase transitoire destinée à négocier la relation future entre le pays et l’UE. Cette période doit initialement durer 1 an, mais peut être allongée de deux années, même si Boris Johnson a annoncé qu’il ne le souhaitait pas. De nombreux sujets sont à renégocié. La seule chose qui a évolué le 31 décembre est la disparition des britanniques des institutions européennes, notamment les Parlement de Strasbourg. Les thèmes qui se verront modifiés ces prochains mois sont les marchandises, les services financiers, les entreprises, la recherche, la sécurité, et bien d’autres encore. Bien évidemment, tout ne sera pas réglé en un peu moins d’un an. L’idée qui circule est donc d’essayer de négocier le minimum vital le plus rapidement possible. Soit, du point de vue des Européens, un accord de libres-échange sur les marchandises pour qu’il n’y ait ni droit de douanes, ni quotas de marchandises. L’autre priorité de l’UE est de garantir à ses pêcheurs l’accès aux eaux britanniques. Quoi qu’il en soit, bien que le Royaume-Uni ait quitté l’Union européenne, cela ne va pas changer les relations qu’ils ont entre eux. Le fait qu’ils aient quitté l’UE n’améliorera ou n’empirera surement pas les tensions déjà présentes. Désormais, c’est la période de transition qui pourra nous dire si les deux camps pourront bien vivre tout en restant en contact.