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Les masques que nous portons tous les jours font l’objet d’interrogations. Au fur et à mesure que les variants du coronavirus apparaissent et gagnent en puissance, la liste des protections adéquates raccourcit.

Olivier Véran et la Haute Autorité de Santé ont exprimé leur position quant à la question : ils ne recommandent plus le port des masques artisanaux. À vrai dire, la gamme plus générale des masques en tissu perd en notoriété à cause de l’arrivée en force du variant britannique, hautement plus contagieux.

Au travail en tout cas, les masques fabriqués à la maison ne seront plus viables, dans un souci de protection face aux variants du virus. Les trois types de masques suivants seront désormais autorisés : les masques chirurgicaux, les masques FFP2 et les masques en tissu industriels de catégorie 1. Cette recommandation, appuyée par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), ne l’est néanmoins pas par l’Académie de médecine, pour laquelle elle « manque de preuve scientifique ».

L’Académie de médecine a aussi récemment recommandé aux Français de se taire et de ne pas téléphoner dans les transports en commun, dans le but de minimiser les particules accumulées dans l’air.

Une des pratiques sanitaires en vue en ce moment est celle du « double masque »; porter un masque en tissu sous un masque chirurgical. Le 46e président des États-Unis, Joe Biden, en a lui-même vanté les bienfaits.

Jusqu’à maintenant, la plupart des masques en tissu portés par les Français filtraient à 70%, c’est ce pourquoi le port du masque de catégorie 2 est hautement recommandé, qui filtrerait 90% des particules présentes dans l’air.

La voix de la raison

En France, nous avons commencé par entendre que tous les masques étaient inefficaces. Nous avons alors appris plus tard qu’ils freinaient la propagation du virus, et qu’une grande partie du stock français de masques avait été liquidée.

La situation devient à nouveau délicate, alors que les scientifiques sont en désaccord quant à la correcte utilisation du seul objet de défense face au virus qui parcourt le monde.

L’efficacité des masques « grand public” n’a jamais été prise en défaut dès lors qu’ils sont correctement portés »

Académie de médecine

Une étude américaine -qui est disputée par d’autres scientifiques- prônant timidement le « sandwich de masques » a récemment fait écho. L’hypothèse selon laquelle « plus sera le mieux » gagne en notoriété. « Le port de deux masques peut être une bonne idée si la capacité de filtration des masques n’est pas très forte », proclamait le Dr Segal, à la suite des constats de cette expérimentation. 

Le problème reste le même : une conception de la société selon laquelle une partie des libertés disparaitrait fâche les Français. Le port du masque faisait -et fait toujours- l’objet de débats aussi profonds que cyniques. L’accumulation de deux protections physiques sur le nez et la bouche serait plus synonyme de gêne que de précaution pour les plus réfractaires des anti-masques.

L’avis de l’AVNOR (Association française de normalisation) suit ce même courant de pensée : « En revanche, cela posera certainement un problème de respirabilité, rendant difficile de supporter le masque lors d’une discussion, d’une marche plus ou moins rapide par exemple. Ainsi, en portant un tel masque, la personne s’expose au risque de devoir l’enlever, par inconfort, sans être en mesure de se laver les mains, ou d’en mettre un nouveau, donc en s’exposant à un risque de contamination ».

Un courant fort

En dehors de l’hexagone, l’Allemagne et l’Autriche ont également, selon France Info, imposé le port des trois types de masques évoqués précédemment.

Le 25 janvier, l’Autriche a rendu obligatoire le port du masque FFP2 pour les personnes âgées de plus de 14 ans dans les transports, magasins, lieux de prestation de services et cabinets médicaux. Les Autrichiens sont de nouveau confinés depuis la fin du mois de décembre dernier, et au moins jusqu’au 8 février.

L’Allemagne restera, quant à elle, confinée jusqu’au 14 février, et exige depuis le 19 janvier le port du masque médical en lieu clos où le public se trouve en « contact étroit et prolongé ». Le Land (Etat) de Bavière a adopté cette mesure le 18 janvier.

Pour garder un temps d’avance et prévoir, la production des masques FFP2 est en hausse, depuis que les hôpitaux et industries ont allongé le bon de commande envoyé aux fabricants historiques. La nouvelle précaution implique aussi pour les sociétés des coûts supplémentaires dans le but de s’approvisionner en masques à la capacité de filtration exigée.

Durant le début d’année 2020, en l’État français étaient produits 3,5 millions de masques par semaine. 100 millions sont maintenant recensés toutes les semaines. L’inquiétude en lien avec la propagation du virus a accéléré la production de masques, qui est dorénavant 30 fois supérieure à celle recensée en janvier 2020.

Bien que le bannissement des masques en tissu de catégorie 2 ne soit pas justifié, d’après l’Académie de médecine, qui juge que « l’efficacité des masques « grand public” n’a jamais été prise en défaut dès lors qu’ils sont correctement portés », la production des prochains masques aux normes grimpe en flèche. À voir maintenant si les mesures sanitaires vont être révisées, et si la prise de parole au sein des transports en commun sera prohibée, à se croire en société tokyoïte.