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Depuis le 23 juin 2016, jour de référendum du Brexit, et depuis la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union Européenne le 31 janvier 2020, de nombreux dilemmes sont sortis de l’ombre. Ceux-ci divisent les pays du Royaume-Uni entre eux, et les partis politiques à l’intérieur de chacun des pays concernés. Retour sur les dates clefs du Brexit, et sur les arguments du parti « in », et ceux du parti « out ».

De nombreux aspects ont divisé le Royaume-Uni durant ce vote pour le Brexit, et continueront de le diviser après sa sortie definitive de l’Union européenne. La majorité ayant voté « leave » ou « remain » dans chaque pays du Royaume-Uni est tout d’abord un facteur important de cet affrontement. Le Royaume-Uni du Brexit n’est pas celui des centre-villes riches, du Sud conservateur et prospère, des grandes universités. C’est le Royaume-Uni populaire, celui des campagnes, de l’Est, du Nord, jadis de gauche et ouvrier. La BBC a créé une cartographie des résultats, qui montre globalement que l’Ecosse, Londres, et l’Irlande du Nord, préférait rester dans l’Union européenne, tandis que le reste de l’Angleterre, et le Pays de Galles, désirait sortir de l’UE. Cette carte montre totalement la division du Royaume-Uni dans ce débat. Encore plus, dans chaque pays et chaque région, le score était très serré, nouvelle preuve de la fracture totale au sein du même Etat. Cette division s’explique notamment par l’écart d’âge. Au total, 75% des 18-24 ans ont voté en faveur du maintien, alors qu’au contraire, 61% des 65 ans et plus ont voté pour la sortie. Si c’est la sortie qui l’a finalement emporté, c’est que les categories qui votent le plus ont été celles qui étaient favorables à la sortie. Et ce malgré une mobilisation de dernière minute pour l’inscription sur les listes électorales. Ainsi, plus de 1,2 millions d’électeurs s’étaient inscrits depuis le début juin et les deux tiers étaient âgés de moins de 35 ans. Une mobilisation trop tardive qui n’aura donc pas suffit. Dans ce tableau plus ancien fait par YouGov, l’écart était moins important que maintenant. 

Les arguments pour et contre

De nombreux sujets sont importants pour comprendre les personnes qui ont voté pour et contre le Brexit. Tout d’abord au niveau de l’immigration, les partisans de la sortie du pays de l’UE estiment que le pays doit récupérer le contrôle de ses frontières pour limiter l’immigration en provenance de l’UE, afin de réduire les paiements d’aides sociales, de désengorger les services publics et de réserver les emplois aux Britanniques. Le pays avait connu un solde migratoire record en 2015: 336 000 personnes, dont 180 000 en provenance de l’UE. 

Les partisans du maintien explique, quant à eux, que les immigrants contribuent davantage en matière d’impôts qu’ils ne coûtent aux caisses de l’Etat, notamment parce qu’il s’agit d’une population jeune. 

Au niveau économique, une sortie de l’UE permettrait au Royaume-Uni de récupérer sa contribution nette au budget européen. Le Brexit permettrait une hausse du PIB d’ici à 2030 de 0,6 à 1,6%, selon les prévisions les plus optimistes. Le Royaume-Uni pour garder ses relations commerciales avec l’UE via un accord de libres-échange, comme la Suisse par exemple. Néanmoins, étant donné les nombreux différents, les chances de voir l’UE aider économiquement le Royaume-Uni sont assez fiables. Il faut tout de même évoquer que l’UE est le premier partenaire économique du Royaume-Uni, représentant 44% de ses exportations et 53% des importations en 2015. D’après le Centre for European Reform (CER), l’adhésion à l’Union européenne a accru les exportations britanniques de 55%. Le Brexit pourrait entrainer un manque à gagner pour la croissance de 0,8 à 2,2%. Sans marché commun, le R-U perdra une partie de ses investissements directs étrangers (IDE), qui viennent pour 48% de l’UE (496 milliards de livres en 2014). Pour conserver un accès au marché commun, aux mêmes conditions que la Suisse et la Norvège, le R-U devrait contribuer au financement de divers programmes européens. 

Pour les réglementations, Bruxelles impose trop de régulations et de paperasse, avec un cout pour l’économie. Selon une étude de Open Europe, le cout des 100 régulations les plus contraignantes s’élève à 33,3 milliards de livres par an. Néanmoins, avec l’UE comme partenaire économique principal, le R-U devra continuer de respecter les réglementations européennes sans avoir le pouvoir de les décider, un désavantage très contraignant. Ils ne seraient encore moins libres que s’ils restaient au sein de l’UE. Pour sa souveraineté, ceux pour le retrait estiment que le Royaume-Uni aura davantage de contrôle sur sa législation et sa réglementation, sans prendre de risque de se voir imposer des politiques européennes contre-intuitives. Mais les personnes pour le maintien pensent que le R-U a prouvé qu’elle pouvait s’opposer aux politiques contre-intuitives, comme l’euro, les accord de Schengen et l’application des quotas pour les migrants, et aiment à penser qu’elle aurait pu le faire à l’avenir.

Pour les pro-Brexit, le Royaume-Uni resterait une voix influente même en sortant de l’UE, car elle reste une puissance nucléaire membre de l’Otan et du conseil de sécurité de l’ONU. Mais pour les « in », sortir de l’UE entraînerait une perte d’influence du Royaume-Uni dans le monde, et augmenterait la probabilité d’un nouveau référendum d’indépendance en Ecosse, qui était farouchement pro-UE, et qui pourrait prétendre bien plus facilement à une indépendance, en grande partie grâce au fait que c’est une grande réserve de pétrole, cette huile qui dirige le monde depuis de nombreuses années désormais. 

Boris Johnson n’est donc pas au bout de ces surprises, et au fur et à mesure qu’on se dirige vers la date du 31 décembre, de nombreux rebondissements pourraient surgir et totalement modifier les plans du Royaume-Uni d’une part, et de l’Union européenne d’autre part. 

Un homme agite les drapeaux de l’Union depuis une BMW Isetta alors qu’il passe devant les partisans du Brexit qui se rassemblent sur la place du Parlement, dans le centre de Londres, le 31 janvier 2020, le jour où le Royaume-Uni quitte officiellement l’Union européenne. Le 31 janvier, la Grande-Bretagne met fin à près d’un demi-siècle d’intégration avec ses voisins les plus proches et quitte l’Union européenne, entamant un nouveau chapitre – mais encore incertain – de sa longue histoire. DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

David Cameron, Premier Ministre conservateur depuis 2010, assure qu’il organisera un référendum s’il sort vainqueur des élections législatives. De quoi se mettre une bonne partie de la population britannique dans la poche. Les conservateurs obtiennent la majorité absolue en mai 2015, il tient donc sa promesse et annonce ce référendum en juin 2016.

Coup de théâtre au soir du référendum: 51,9% des britanniques votent pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Londres, l’Ecosse, et l’Irlande du Nord votent à rebours de l’Angleterre, et du Pays de Galles. Dans la foulée, David Cameron démissionne de son poste, lui qui avait fait campagne contre le « Leave ». 

Neuf mois après le référendum, Theresa May, nouvelle Première Ministre, active l’article 50 du Traité de Lisbonne. Le processus de sortie a officiellement débuté et devrait aboutir deux ans plus tard jour pour jour. Pour ne faire qu’un avec sa population, elle decide de nouvelles elections législatives. C’est un revers qui l’oblige à s’allier le parti unioniste nord-irlandais DUP.

A deux mois et demi de la date prévue de la sortie de l’Union européenne, les députés britanniques rejettent massivement l’accord de Brexit négocié avec Bruxelles. Les 17 mois de travail pour trouver un accord n’ont rien donner. Le risque d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE sans accord n’a alors jamais été aussi fort.

Boris Johnson, qui assure que le Royaume-Uni s’en ira le 31 octobre, avance ou sans accord, gagne la course à la succession le 23 juillet et est nommé Premier Ministre le lendemain. Néanmoins, les conservateurs perdent leur majorité absolue en septembre. Les députés votent une loi le contraignant à demander un nouveau report du Brexit si aucun accord n’est trouvé d’ici le 19 octobre. Une nouvelle proposition d’accord est lancée, et l’UE accepte de relancer les négociations. 

Les conservateurs sortent très largement vainqueurs des élections générales anticipées. Westminster, où Boris Johnson dispose désormais d’une large majorité parlementaire, vote définitivement l’accord de retrait de l’Union européenne le 9 janvier 2020. Huit jours avant le départ officiel, la reine Elisabeth II promulgue, le 23 janvier 2020, le projet de loi.

Le 31 janvier 2020, à 23h heure de Londres, les 66 millions de britanniques quittent officiellement l’Union européenne. L’Union Jack, qui flottait aux côtés des drapeaux des 27 autres Etats membres, est retiré du parvis du Parlement européen. Une période de transition, où les relations avec l’UE restent inchangées, s’ouvre jusqu’au 31 décembre 2020. Elle doit permettre à Londres et Bruxelles de s’entendre sur leur future relation.