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Le 1er janvier 2021, le Brexit prendra officiellement effet, et entraînera bénéfices et conséquences. Bien que les opinions divergent, il semble inévitable que la France en subira quelques contrecoups, l’Union Européenne troque un bien pour un mal.

La France pourrait beaucoup perdre à la suite de cette désunion, principalement sur le plan économique. Les débats étaient et sont surtout centralisés sur la relation commerciale qu’il adviendra de cette dislocation, entre Britanniques et Européens.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, postait ce jeudi sur Twitter : « Nous saluons d’importants progrès sur de nombreux sujets. Il reste cependant de gros différends à surmonter, en particulier sur la pêche. Il sera très difficile de les surmonter » .

Du côté britannique, le porte-parole du Premier ministre annoncait de rugueuses négociations : « le Premier ministre a souligné que les négociations étaient désormais dans une passe difficile il reste très peu de temps et il semble maintenant très probable qu’il n’y aura pas d’accord à moins que l’UE ne change considérablement de position ».

Les débats du mois de décembre étaient concentrés autour de la pêche, sujet crucial pour des pays tels que la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, l’Irlande et la France. Les pêcheurs de ces pays bataillent pour garder l’atout que sont ces eaux britanniques, très poissonneuses. 

La politique commune de la pêche autorise les États européens à pêcher dans les ZEE (Zones Économiques Exclusives) de tous les membres de l’Union Européenne. 

La France a d’ailleurs menacé d’opposer son véto au possible accord si les modalités n’étaient pas convenables.

Les négociations bloquent

Les négociations reprenaient samedi dernier à Bruxelles, réunissant Michel Barnier et David Frost,  les négociateurs européen et britannique. « Ça reste très bloqué », confirmait vendredi une source européenne, pendant que Michel Barnier consultait les pays les plus concernés.

La capitale française n’a cessé d’insister sur le fait que l’accord doive impérativement profiter aux pêcheurs de l’hexagone. 

Le Parlement européen souhaite qu’un terrain d’entente définitif soit trouvé avant dimanche minuit, mais Clément Beaune, le secrétaire d’État français chargé des Affaires européennes, admet que cette limite sera, malheureusement vraisemblablement éconduite.

Sans accord commercial aux normes environnementales, sociales et fiscales respectées, l’OMC (Organisation mondiale du commerce) reprendra la main sur les échanges entre l’UE et Londres, incluant droits de douane et quotas.

Aussi, la dépréciation de la livre sterling a affaibli les exportations de la France vers le Royaume-Uni, qui est, rappelons-le, le sixième partenaire commercial de l’hexagone avec 7% de ses exportations. En agro-alimentaire, le Royaume-Uni oscille entre premier et deuxième contributeur aux exportations françaises. Argument comptant : le Royaume-Uni est un des rares pays européens à enregistrer un excédent commercial avec la France. Si les négociations tournent au rouge, les excédents commerciaux tricolores seront réduits, tandis qu’un allègement du déficit britannique s’opèrera.

La France serait le troisième pays européen le plus affecté par le Brexit au niveau économique, après l’Allemagne et les Pays-Bas, d’après l’assureur Euler Hermes. Si le « no deal » venait à devenir réalité, 120.000 entreprises françaises devraient être directement impactées.

Ce scénario représenterait hypothétiquement pour les Britanniques un recul du PIB de près de 5% en 2021 et une baisse de la livre de 10%.

Bruno Le Maire s’est exprimé à propos des conséquences du Brexit pour la France : « notre évaluation, c’est que l’impact du Brexit sur l’économie française sera de 0,1 point de notre richesse nationale en 2021 ». Pour lui, le Royaume-Uni a plus à perdre que la France : « c’est 0,1 point de trop mais ce n’est pas grand-chose au regard de ce que cela va coûter aux Britanniques, et surtout, nous saurons faire face ».

Le « no deal » au bout du tunnel ?

Les pourparlers ont repris, mais l’éventualité d’un « no deal » semble planer au-dessus des têtes, auquel cas le gouvernement britannique a d’ores et déjà prévu d’envoyer quatre navires de la Royal Navy pour protéger les eaux.

En raison du Brexit, 184 entreprises se sont installées ou étendues en Île-de-France, captant 4997 emplois. Certaines des raisons encourageantes auront été les inquiétudes concernant la logistique, l’augmentation des droits de douanes et l’avantage que représentent les aides européennes. 133 entreprises réfléchissent toujours à une installation en Île-de-France.

Si la question était initialement portée sur le bilan des entités désavantagées, elle porte maintenant sur l’ampleur des dégâts économiques occasionnés. La pêche est certes un sujet à connotation plus symbolique qu’économique, mais le « no deal » qui se profile n’augure rien de bon pour l’économie tricolore, à l’heure où le coronavirus a causé des dommages notables.