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Depuis l’Accord de Paris, l’urgence climatique ne faiblit pas. Alors que la France doit rendre des comptes sur ses émissions de GES au Conseil de l’État, Emmanuel Macron se positionne comme un promoteur de la cause environnementale. 

Issu de la COP21 de 2015, l’accord de Paris avait pour objectif de contenir la hausse de la température moyenne de la planète largement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, d’ici 2100. Idéalement, il faudrait limiter la hausse à 1,5°C. Et « sans une baisse des gaz à effet de serre de 7,6 % par an de 2020 à 2030, le monde se dirige vers une augmentation de la température de 3°C voire 4°C d’ici la fin du siècle », alertent les Nations Unies dans un rapport sur l’environnement publié le 9 décembre. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé le monde « à déclarer l’urgence climatique ».

Si le mois de novembre 2020 a été le plus chaud jamais enregistré dans le monde, les émissions de CO2 ont chuté de 12 % en France, selon le bilan annuel du Global Carbon Project, record historique que l’on doit aux périodes de confinement. 

Ce recul, assez marqué, succède à plusieurs années de hausse successives (respectivement + 0,9 % + 0,2 % et + 1,1 %, en 2017, 2016 et 2015). En 2018, pour la première fois, la France ne produit pas plus de CO2 que les années précédentes, elle connaît même une diminution respective de 2,5 % et 0,9 % en 2018 et 2019. 

Les 10 et 11 décembre, les 27 États-membres de l’Union européenne (UE) ont approuvé un rehaussement des objectifs européens en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre devront diminuer de 55% d’ici à 2030, contre 40 % avant l’accord. Prise la veille des cinq ans de l’anniversaire de l’accord de Paris (12 décembre 2015), cette décision est symbolique. L’Europe veut ainsi réaffirmer son leadership sur la question climatique et entraîner les États-Unis et la Chine dans son sillage. Pour autant, M. Macron ne s’est pas engagé à relever d’ici là l’objectif français pour 2030.

Le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou, a fortement réagi aux ambitions déclarées par le chef de l’État. « On fête les cinq ans d’un accord qui a été signé à Paris, au Bourget, et la France est très très en retard sur tous ses objectifs », a-t-il insisté sur France Inter, le 8 décembre. En effet, la France est aujourd’hui au-dessus de 1,7C° de réchauffement depuis la période préindustrielle et donc bien loin des objectifs établis dans l’accord de Paris.
Le président de la République semble adopter l’idée d’instaurer des mesures non contraignantes, préférant convaincre, « embarquer » les gens. Les défenseurs de la convention citoyenne lui reprochent de ne pas aller assez loin dans ses actions et pour cause, les propositions de la convention sont rabotées une par une par les parlementaires. On est loin de l’application « sans filtre » promise par Emmanuel Macron aux 150 citoyens qui ont travaillé sur l’élaboration de ces propositions.

En voulant faire plaisir à tout le monde, le chef de l’État risque de manquer les grands enjeux du XXIème siècle. 

Discussion franche et directe avec les membres de la CCC

Le président de la République s’est engagé à reprendre « sans filtre » les propositions de la Convention citoyenne sur le climat (CCC).

Les membres de la CCC attendaient des réponses vis-à-vis des engagements de M. Macron. Une discussion « franche et directe » était tout l’enjeu de cette réunion du lundi 14 décembre. Une fois de plus, les ambitions écologiques du président ne coïncident pas avec ses paroles. 

Macron ne s’inspirera que de 40% des propositions de la CCC dans le projet de loi climat prévu fin janvier. Loin de l’application « sans filtre » de ces propositions, ils évoquent pour se justifier, le fait que les décisions en matière écologique doivent être « acceptables » par les Français. Emmanuel Macron a rappelé les conséquences de la crise économique et sociale liée à la Covid-19 et a invité les citoyens à se rendre compte de la réalité européenne.

Cette nouvelle loi climat ne sera pas, en l’état, à la hauteur des objectifs que l’exécutif s’est engagé à tenir. 

« Soit on choisit la sobriété et on va mieux vivre, soit on va devoir le subir et dans ce cas ça ne sera pas de l’adaptation »

CAMILLE ÉTIENNE

Il affirme tout de même « qu’aucun gouvernement n’avait fait autant pour l’écologie », et reconnaît que cela n’est encore pas assez. « Est-ce suffisant ? Non. Faut-il faire plus ? Oui. Si on veut atteindre la neutralité carbone en 2050, il nous faut avoir une courbe qui est plus ambitieuse sur les dix prochaines années »

« Ce ne sont que de jolies paroles », juge Camille Etienne, militante écologiste. On se rend compte qu’il n’est pas à la hauteur de ces ambitions « lorsqu’il refuse des propositions qui permettrait de rentrer dans les objectifs de l’Europe. Dès qu’il y a du concret, il recule », ajoute-t-elle. 

Un nouveau coup de com ou une réelle ambition écologique pour les années à venir ? La loi climat, qui devrait être présentée le 27 janvier en conseil des ministres, nous le dira. 

French President Emmanuel Macron attends a meeting with members of the Citizens’ Convention on Climate (CCC) about their proposals to fight against global warming, in Paris on December 14, 2020. (Photo by Thibault Camus / POOL / AFP)

 L’adoption du référendum constituant 

Au terme de cette rencontre en visio-conférence, Emmanuel Macron s’est engagé à soumettre un référendum à propos de l’introduction de la défense de l’environnement dans l’article premier de la Constitution. Il aurait pour ambition d’y introduire « les notions de biodiversité, d’environnement, de lutte contre le réchauffement climatique ».

« Ce sera une réforme constitutionnelle en un article » qui « doit d’abord passer par l’Assemblée nationale puis par le Sénat et être votée en des termes identiques. Ce jour-là, elle sera soumise à référendum », a-t-il conclu au terme du rendez-vous du 14 décembre. 

Autant dire, qu’il y a peu de chance que celle-ci soit acceptée. Deux projets de révision de la Constitution en faveur de l’environnement ont déjà échoué depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Il est peu probable que la droite majoritaire au Sénat accorde cette fois-ci la réforme à M. Macron.

Selon Camille Etienne, « il ne fait que donner du mou » en proposant ce référendum. « Je ne sais pas comment il fera face à ses contradictions », ajoute la militante. Il évite les mesures concrètes qui permettraient d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

L’opposition voit cette décision d’Emmanuel Macron d’un mauvais œil. Le chef de l’État « a réussi à désaxer la discussion », juge le député Matthieu Orphelin ex-LREM, membre du comité de suivi de la Convention citoyenne.

 « Moi je crois vraiment qu’il y a de la stratégie politique », estime ce dernier. « On ne devrait discuter aujourd’hui que des mesures concrètes pour diminuer les gaz à effet de serre », a-t-il insisté lors du 7/9 sur France Inter. « Le président sait bien que cette réforme constitutionnelle, même si elle va dans le bon sens, a peu de chances d’aboutir dans le quinquennat », ajoute-t-il. 

La présidente du RN, Marine Le Pen, a quant à elle dénoncé sur son compte twitter « un mépris » des Français, « à l’heure où la crise sanitaire et économique touche des millions de nos compatriotes ». 

Lorsque Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, affirme que « Macron fait un coup de com pour masquer son mauvais bilan écologique », Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS) dénonce une « proposition à 18 mois de la présidentielle » qui « révèle l’usage cynique d’un sujet sur lequel il faut agir plutôt que discourir ». 

Si toutefois celle-ci devient effective, la protection du climat deviendrait « obligatoire ». Délaissant l’image symbolique qu’elle revêt, cette réforme serait alors opérationnelle. Exemple d’une application concrète : les pesticides nocifs tueurs d’abeilles, appelés néonicotinoïdes ne pourraient être de nouveau autorisés si l’article existait. 

« Ce n’est pas de l’écologie contre les français, c’est de l’écologie pour les français »

MATTHIEU ORPHELIN

Être plutôt qu’avoir. La lutte contre le réchauffement climatique ne pourra être menée sans une économie sociale, sans pouvoir de contrainte juridique, sans cibler des secteurs économiques précis. À la vitesse où avancent les actions européennes multilatérales, les territoires tentent de montrer l’exemple à leur échelle. À l’heure où Emmanuel Macron s’efforce d’appliquer des réglementations climatiques au niveau international et national, certaines villes françaises ont déjà pris les devants à leurs échelles. Les communes et intercommunalités sont dotées d’atouts indéniables, puisqu’elles disposent en général d’une compétence juridictionnelle au niveau des transports, logements, gestion des déchets et espaces verts. Les institutions municipales sont plus proches des citoyens et de leurs besoins. Figure de proue de la lutte pour l’environnement, Grenoble, dirigé par Eric Piolle, est devenue une des villes françaises emblématiques en matière de lutte contre le changement climatique. « Les villes ont une capacité de résistance aux lobbys plus forte que les instances nationales », affirmait-il aux journalistes du Monde en 2019.

Une société capitaliste à bout de souffle  

Répétés ad nauseam par les scientifiques, nous devons réduire drastiquement nos émissions de GES si l’on veut pérenniser l’existence des êtres vivants sur la Terre. Et pour cela, nous n’avons d’autres choix que celui de réduire notre consommation, et par conséquent notre production. La sobriété serait-elle la clef dans une société capitaliste à bout de souffle ? « Nous avons besoin d’un mode de vie plus sobre tant au niveau individuel qu’au niveau de l’État », insiste Camille Etienne. « Soit on choisit la sobriété et on vivra mieux, soit on va devoir le subir et dans ce cas ça ne sera pas de l’adaptation », prévient-t-elle. 

Sylvain Tesson, journaliste-écrivain-voyageur, s’était isolé pendant six mois dans une cabane au fin fond de la Sibérie, à 120 km du village le plus proche. Il se réveillait chaque jour face au lac Baïkal-Léna, vivait de pêche, de bûcheronnage, de longues marches, de lecture et de vodka. Dans son carnet d’ermitage, intitulé Dans les forêts de Sibérie, il écrit : « La société de consommation est une expression légèrement infâme, née du fantasme de grands enfants déçus d’avoir été trop gâtés. Ils n’ont pas la force de se réformer et rêveraient qu’on les contraigne à la sobriété ». Si la sobriété n’émane pas des personnes elles-mêmes, la contrainte pourrait être la solution ultime.