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Un Boeing de United Airlines, qui avait décollé samedi 20 février de Denver, a dû faire demi-tour en urgence après l’incendie de son réacteur droit.

Alors que 128 Boeing 777 équipés du modèle de moteur Pratt & Whitney en cause dans un spectaculaire incident sur un appareil au-dessus du Colorado ont été immobilisés au sol, des examens approfondis vont être menés, a annoncé l’autorité fédérale américaine de régulation de l’aviation (Federal Aviation Administration, FAA), mardi 23 février.

Un Boeing 777-220 de la compagnie américaine United Airlines, qui venait de décoller de Denver pour Honolulu (Hawaï) avec 231 passagers et 10 membres d’équipage à son bord, a été obligé de faire demi-tour en urgence à la suite de l’incendie de son réacteur droit. L’appareil a pu se poser sans encombre et aucun de ses occupants n’a été blessé.

Une vidéo tournée par un passager du vol UA328 montre le réacteur droit de l’avion en flammes et permet de voir que le carénage du moteur endommagé a entièrement disparu. Pendant que le Boeing regagnait l’aéroport, une pluie de débris s’est abattue sur une zone résidentielle de Broomfield, dans la banlieue de Denver. Personne, au sol, n’a été blessé.

Quelques jours après, la FAA a ordonné un examen approfondi des pales de moteurs de Boeing 777 pour détecter d’éventuelles fissures, avant qu’ils puissent revoler. En fonction des résultats et d’autres éléments de l’enquête en cours, la FAA pourra décider d’imposer des inspections plus fréquentes de ces moteurs fabriqués par Pratt & Withney, a précisé l’organisation dans un communiqué. D’ores et déjà, Pratt & Whitney a fait savoir qu’il procédera aux inspections requises, soit des examens thermo-acoustiques.

Selon les premières conclusions de l’enquête menée indépendamment par le bureau américain en charge de la sécurité des transports, le NTSB, les dommages constatés sur place sont compatibles avec une « fatigue du métal » des pales de la soufflante du moteur fabriqué par Pratt & Whitney. « Après avoir examiné les données disponibles et pris en compte d’autres facteurs de sécurité, la FAA a déterminé que les exploitants devaient effectuer une inspection par imagerie thermo-acoustique des grandes pales de la soufflante en titane situées à l’avant de chaque moteur », a expliqué le régulateur.

De nombreux pays immobilisent ces avions

Dès dimanche 20 février, Boeing avait recommandé aux compagnies aériennes d’interrompre momentanément leur utilisation de ces appareils. « Pendant que l’enquête est en cours, nous avons recommandé de suspendre les opérations des 69 avions 777 en service et des 59 avions en stock équipés de moteurs Pratt & Whitney 4 000-112 », a écrit Boeing dans un communiqué. Ces appareils, des 777-200 et des 777-300, sont des versions plus anciennes et plus gourmandes en carburant que les modèles récents, et la plupart des opérateurs ont commencé à les retirer de leur flotte.

Un Boeing 777-900 ER de la compagnie aérienne israélienne El Al sur le tarmac de l’aéroport Ben Gourion d’Israël à Lod, à l’est de Tel Aviv. JACK GUEZ / AFP

United Airlines est la seule compagnie aérienne américaine disposant, dans sa flotte, d’avions avec des moteurs PW4000. Peu après l’annonce de la FAA, elle a fait savoir qu’elle suspendait l’utilisation de ses vingt-quatre Boeing 777 équipés de ces moteurs et qu’elle discutait avec les régulateurs américains d’éventuelles mesures supplémentaires nécessaires pour garantir la remise en service de ces appareils en toute sécurité.

Japan Airlines (JAL) et All Nippon Airways (ANA) ont aussi immobilisé respectivement treize et dix-neuf avions équipés de moteurs PW4000, tout en évitant des annulations de vol grâce à l’utilisation d’autres appareils. Le ministère des transports japonais a déclaré qu’il avait ordonné des inspections plus strictes du moteur après qu’un avion JAL 777 volant de l’aéroport international Haneda de Tokyo à Naha, sur l’île d’Okinawa, a eu des problèmes avec « un moteur de la même famille » en décembre.

Troisième pays à exploiter des appareils de ce type, la Corée du Sud a déclaré lundi qu’elle n’avait pour l’instant pas l’intention d’immobiliser des avions, mais qu’elle surveillait la situation. Asiana Airlines, deuxième compagnie sud-coréenne, a déjà pris la décision de ne pas utiliser les sept Boeing 777 dont elle dispose. Quant à Korean Air, premier transporteur du pays, qui avait dans un premier temps déclaré avoir immobilisé ses six 777 équipés de moteurs PW4000, elle a affirmé attendre les directives officielles des régulateurs sud-coréens.

Le Royaume-Uni a décidé d’interdire son espace aérien aux Boeing 777 équipés des moteurs en cause. L’autorité de l’aviation civile britannique (Civil Aviation Authority, CAA) a précisé que ces appareils, immobilisés par le constructeur, n’étaient pas utilisés par des compagnies britanniques. Ce type d’appareils « est exploité par des compagnies aux Etats-Unis, au Japon et en Corée du Sud », a précisé la CAA.

Selon le quotidien égyptien Al Ahram, la compagnie publique Egyptair va aussi immobiliser quatre de ses Boeing 777-200. Ces derniers n’étaient cependant pas actuellement en service mais en réserve, selon une source proche du constructeur.

D’autres incidents avec le même moteur

En février 2018, un Boeing 777 de la même époque exploité par United et à destination d’Honolulu avait subi une panne de moteur lorsqu’un capot était tombé environ trente minutes avant que l’avion ne se pose en toute sécurité. Le Conseil national de la sécurité des transports américain (NTSB) a déterminé que l’incident était le résultat d’une fracture de l’aube de la soufflante du moteur sur toute sa longueur.

En raison de cet incident, Pratt & Whitney a examiné les dossiers d’inspection de toutes les aubes de soufflante PW4000 précédemment inspectées, a déclaré le NTSB. En mars 2019, la FAA a publié une directive exigeant des inspections initiales et récurrentes des aubes de soufflante des moteurs PW4000.

Les autorités néerlandaises ont, par ailleurs, annoncé lundi l’ouverture de deux enquêtes après la chute deux jours plus tôt de débris d’un avion cargo Boeing de type 747-400, qui ont blessé deux personnes dans le sud des Pays-Bas.

L’avionneur américain Boeing a connu de graves problèmes ces dernières années avec un autre de ses modèles, le 737 MAX. L’avion a été interdit de vol en mars 2019 après deux accidents, lesquels avaient fait 346 morts : celui de Lion Air en Indonésie en octobre 2018 (189 morts) et celui d’Ethiopian Airlines en Ethiopie en mars 2019 (157 morts).

La reprise des vols commerciaux des Boeing 737 MAX a eu lieu à partir de décembre 2020, d’abord au Brésil, puis aux Etats-Unis et au Canada. Le premier vol commercial en Europe, sous les couleurs de la compagnie belge TUI fly, a eu lieu mercredi 17 février entre Bruxelles et Malaga via Alicante (Espagne).